11/05/2007

Médias et politique : les journalistes travaillent mal (1)

C'est un problème qui me frappe depuis très longtemps : les journalistes font très mal leur travail vis à vis de la politique, des parlements, des élus. Il y a évidemment des exceptions, en bien ou en mal, mais fondamentalement la démocratie est mal servie par les médias.

La Tribune de Genève et ses journalistes qui suivent l'actualité politique genevoise ne fait pas exception à la règle. Il me semble qu'il y a d'une part une fâcheuse tendance à mélanger opinion et factuel. Et d'autre part à accorder un accès privilégié aux politiciens qui pensent comme le journaliste. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de vivre des interviews où j'avais l'impression que le journaliste SAVAIT POUR MOI ce que je devais dire. Le reste ne l'intéressait que moyennement. En plus les journalistes qui suivent la politique depuis trop longtemps ont tendance à se considérer comme des éluEs. Et mieux que les éluEs évidemment puisqu'ils conçoivent leurs célestes pensées loin de nous...

Aujourd'hui, vendredi 11 mai 2007, la Tribune de Genève ne fait pas exception à la règle, pérpétuant cet arbitraire qui met la lumière sur certaines idées et certaines personnes, tout en occultant d'autres idées et d'autres personnes qui - même si elles ne conviennent pas au ton ou à l'esprit des journalistes - ont aussi des idées et des valeurs à défendre.

Prenez l'article intitulé "Absentéisme record chez les agents municipaux", p. 21. Un seul politicien est consulté, Pierre Weiss... au prétexte qu'il serait "sociologue et député libéral". Le concernant et compte tenu de son statut d'apparatchik des syndicats patronaux, on ferait mieux de dire "député libéral représentant des syndicats patronaux", ou qqch du genre. Parce que le commentaire consistant à dire "si on dépasse 10% (de taux d'absentéisme), il faut appeler les urgences !" n'amène rien, au delà de la mauvaise boutade dont il a le secret - et manifestement l'exclusivité.

En plus il y a au moins un VRAI sociologue au Grand Conseil, mon collègue vert Jean Rossiaud... à mon avis, il aurait parler du problème...

On continue ? P.26, Votations du 20 mai, "Homos et hétéros bientôt égaux face au fisc ?". Marc Bretton - qui n'en est pas à son coup d'essai, je lui ai déjà fait la remarque - sonde le monde politique. On y lit donc les propos tenus en faveur du projet par Guy Mettan(PDC), et Antonio Hodgers (Vert) et contre le projet par le seul parti qui s'y oppose, l'UDC Soli Pardo. Combien y a-t-il de partis au Grand Conseil ? 3 ? Non, 7 ! Alors pourquoi ne trouve-t-on pas, ne serait-ce que par souci d'égalité de traitement, l'avis d'un représentant - présidente ou président ou autre - des radicaux, socialistes, libéraux ou mcg ? un classique (et Pierre Maudet n'est pas consulté : c'est pour ainsi dire inexplicable dans la Tribune !).

Hier, c'était la même chose avec l'article sur les appareils absolument scandaleux qui émettent des sons destinés à chassés les jeunes : il me semble avoir lu l'avis d'Antonio Hodgers, et c'est tout.

Ce problème - car c'est est un à mes yeux - est récurrent et si on peut bien comprendre que des médias comme la Tribune de Genève, comme entreprises commerciales, roulent pour certains élus ou partis, il est par contre moins acceptable de voir que la démocratie, le respect de la diversité des opinions, est orienté en fonction de critères plus ou moins avouables. Ainsi, en tant que socialiste, je suis toujours surpris de voir la différence du traitement accordé aux Verts (avec l'a priori journalistique : "moderne", "jeune", "réformiste") et aux Socialistes (avec l'a priori journalistique : "ringard", "vieux", "conservateur"). Cela ne correspond évidemment pas aux faits (mesurables via les votes), mais c'est permanent. Je pense d'ailleurs que cela vient essentiellement du fait que les Verts sont beaucoup plus conciliants avec la Droite que les Socialistes (et pourtant ! Je vois déjà Pierre Vanek écrire dans le journal de SolidaritéS que nous sommes des social-traitres...) sur de nombreux sujets de réforme de l'Etat).

Enfin, on vit dans ce monde, on doit faire avec, mais je ne suis fondamentalement pas d'accord avec les articles qui parlent de politique sans donner au moins la parole équitablement à tous les partis représentés dans les parlements concernés (et on peut même se demander si des importantes minorités exclues du Parlement cantonal comme SolidaritéS ne devraient pas avoir aussi une place).

... Je sais aussi déjà qu'on va me répondre que c'est une question de place... mais en tartinant 4 fois moins sur Maudet, on aurait déjà pu donner la parole à tous les partis sur tous les sujets politiques de l'année !

PS: Et comme beaucoup de journalistes dociles et conciliants "finissent" au service d'élus, Bernard Staempfli sera-t-il engagé par Maudet avant la fin 2007 ?

 

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Commentaires

Vous avez à la fois tort et raison.

raison quand vous relevez que, souvent, les journalistes ne donnent pas la parole à toutes les formations politiques représentées.

Tort, en disant que c'est forcément du mauvais journalisme. Par exemple, pour les pacs, donner la parole à duex partisans de la loi contre un opposant reflète les proportions d'avis dans la population, d'après les discussions que je peux avoir. Il serait alors antidémocratique de faire entendre 6 partisans contre 1 opposant. Lors des votes sur les lois sur les étrangers, on avait vu l'excès l'inverse : tous les journalistes étaient contre ces lois, ainsi que la plupart des partis politiques. Les opposants ont monopolisé les médias bien plus que les partisans. Pourtant ces lois furent acceptées par une grande majorité des électeurs. Ainsi, de toute manière, l'électeur n'est pas influencé par les médias, mais ceux-ci ne travaillent pas si mal quand, pour une fois, ils font état d'avis qui reflètent les proportions d'opinions sur un sujet dans la population.

Écrit par : Armand Poulain | 14/05/2007

Après lecture attentive, je pense que j'ai toujours raison... Je ne prétend en effet pas qu'en donnant l'avis de tous les partis, les journalistes "biaiseraient" les débats démocratiques et influenceraient ainsi les électeurs... je pense effectivement que les électeurs sont assez grands pour faire leurs choix, mais pour cela il faut une vraie transparence, qui se reflète justement dans les positions de tous les partis. Et les partis "non élus" devraient aussi être cités.

Pour les 2 lois évoquées, si vous pensez que c'est du 50-50 dans votre entourage pour les pacs (exonénation des droits de succession je pense), cela ne veut pas encore dire que ce sera le résultat des urnes, et FACTUELLEMENT c'est l'avis des partis au Grand Conseil : 6 partis POUR et 1 CONTRE.

Les lois sur les étrangers, je ne suis pas certain que tous les journalistes étaient contre ces lois. Je sais par contre que les partis de Droite (Radical, Libéral, PDC, UDC) étaient favorables à ces lois, donc une majorité de partis politiques. Seules quelques personnalités de droite se sont opposées. Mais factuellement, c'est justement important que les journalistes énumèrent correctement tous les opinions partisans.

Pour ces lois, un des problèmes vient du fait qu'elles reposent sur des campagnes aux arguments démagogiques ET MENSONGERS, recette UDC par excellence, qui plaît en période d'incertitude économique et sociétale. La stigmatisation globale de catégories de population (ici les étrangers, dans la campagne de la 5ème révision de l'AI, les "handicapés tricheurs") est nauséabonde. Et le problème majeur que je vois, c'est que la droite traditionnelle accepte de plus en plus ouvertement la rhétorique thématique de l'UDC. A mon avis on peut être favorable à la 5ème révision de l'AI (ce n'est pas mon cas) sans entrer dans ces pseudo-arguments qui visent des "tricheurs/profiteurs".

PS1 : Pour illustrer mon sentiment concernant les prises de position partisanes des journalistes, je me rappelerai toujours de l'anecdote suivante : il y a quelques années, nous avons voté pour ou contre l'adhésion de la Suisse à l'EEE. Etant europhile, pour l'adhésion de la Suisse à l'UE, pour la suppression des Etats-nations et des armées qui vont avec, je n'ai évidemment pas hésité à voter OUI... sauf qu'à écouter la radio romande et à lire le Nouveau Quotidien (ou Le Temps ? mais n'existait pas encore je crois ?), je tombais sans cesse sur des prises de position de l'europhile déclaré Jacques Pilet... mais ses arguments me semblaient tellement peu crédibles que j'avais l'impression qu'en insistant il finirait par me faire voter le contraire de ce que je pensais...

PS2 : d'ailleurs, pour chercher des "tricheurs/profiteurs" en Suisse, pas besoin de chercher des étrangers, des requérants ou des handicapés : les militaires sont des parasites officiellement acceptés, qui sont totalement inutiles et qui coûtent, eux, effectivement des milliards.

Écrit par : roger deneys | 15/05/2007

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