14/08/2007

SIG, socialistes, primes et copinage : à la réflexion (1)…

J'ai été assez surpris des derniers commentaires reçus sur mon blog au sujet de l'article de l'invité de la Tribune de mercredi 8 août, M. Patrick Dimier.
Evidemment, j'étais sans doute un peu trop "lyrique", vraiment emporté et fâché, trop long surtout, mais je suis perplexe. Quand même perplexe.
Ce qui me choquait et m'avait fait réagir dans le papier en question était que M. Dimier cherche à prouver sa théorie par des faits placés hors contexte et de nature à discréditer le système démocratique genevois dans son ensemble.
Je ne contestais pas son droit de penser, écrire ou dire cela, mais il me semblait pour le moins délicat que la TdG, quotidien incontournable à Genève, accorde une telle place à des propos pareils en sachant pertinemment qu'ils sont de nature à induire les lecteurs en erreur.
Je pense en effet qu'il est très dangereux d'accorder de l'espace démocratique aux thèses populistes, qu'ils s'agissent de celles de l'UDC (on peut d'ailleurs lire avec intérêt l'analyse de Karl Grünberg, secrétaire général d'ACOR SOS racisme, à la page 3 de la Tribune de samedi-dimanche 11-12 août au sujet de l'agression perpétrée par des néonazis à Genève) ou, ici, de celles d'autres mouvements comme le MCG ou personnes comme M. Dimier.
Les réactions reçues sur le blog me confortent d'ailleurs dans la nécessité de faire attention. Le discours "vous êtes tous – moi inclus - des magouilleurs, des apparatchiks, des profiteurs, des corrompus, tous les politiciens, de gauche comme de droite" (avec comme sous-entendu : "moi je ne suis pas comme eux, je ne suis pas de gauche, pas de droite, et bien meilleur qu'eux et je ferai le ménage") contient en lui des germes de réactions violentes (puisque nous serions des "salopards", des "crapules", abusant de la crédulité des électrices et électeurs) lorsque le message est diffusé en direction de personnes qui ne sont pas toutes en état (social, psychique, affectif) de le recevoir, ce qui est de plus en plus fréquent dans notre société à deux vitesses.
Si nous pouvions éviter d'encourager des réactions du type tuerie de Zug, cela me semblerait très raisonnable. Faisons donc attention à ne pas attiser la haine gratuite. Si les personnes indignées à tort ou à raison se contentaient toujours, comme ici, de nous envoyer des volées de bois vert par écrit – ou encore mieux – de s'engager elles-mêmes en politique pour "améliorer" ce qui devrait l'être, il n'y aurait pas de souci.
Maintenant, revenons au fond du problème. Les commentaires reçus sont assez étranges, on me reproche en effet de chercher à couvrir une pratique qui s'apparente au copinage, à un scandale, et à une magouille. Alors que je n'ai pas parlé des primes accordées aux dirigeants de SIG mais des dangereux procès d'intention de M. Dimier.
D'abord pour "Pierre, enseignant du secondaire" (mais existe-t-il vraiment ? il sent un peu la caricature, non ?) car son analyse de texte de "camarade" me laisse songeur : a-t-il vraiment lu dans mon précédent commentaire que je défendais ce système de primes ? Que comme socialiste je partageais cette logique ? Que je cherchais à défendre un système de "privilèges"  ou l'augmentation des inégalités de revenus ?… Etrange… Est-ce la fatigue ? En pleine vacances d'été ? Sans vague de chaleur ? Bizarre, bizarre…
Comme Pierre ne connaît pas non plus M. Patrick Dimier, je suis allé voir sur Google, comme ça nous parlerons toutes et tous en connaissance de cause… et je suis tombé sur deux articles assez récents susceptibles d'éclairer un peu mieux le profil de ce Monsieur :
- Un article de 20 Minutes du 21 juin 2007 intitulé "«Conseiller politique» libéral pour le MCG" qui commence ainsi "GENEVE – L’avocat libéral Patrick Dimier est payé pour donner des «conseils juridiques et politiques» au MCG". http://www.20min.ch/ro/rechercher/story/28969555
- Un article du Courrier du 10 janvier 2007 intitulé "Une frontalière traîne le président du MCG en justice" dans lequel on apprend que le président du MCG, M. Georges Jost, est patron d'une société de téléphone érotique et qu'il est défendu par M. Patrick Dimier.
http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=42800&layout=article,latruite
M. Dimier a donc des liens politiques forts avec le Parti Libéral (il en est membre) et le MCG (il lui procure - contre rémunération semble-t-il - des "conseils juridiques et politiques"). Il a aussi manifestement des liens professionnels avec le président du MCG.
L'indépendance de M. Dimier semble donc pour le moins relative, et notamment le fait qu'il appartienne au Parti Libéral n'est pas de nature à rassurer sur l'objectivité des critiques qu'il formule à l'encontre des bénéficiaires du système de primes au sein de la direction de SIG.
Maintenant, revenons à la question des primes. S'agit-il ou non d'un scandale ? On peut jouer sur les mots, mais à mon avis même en étant - comme moi - contre le système de primes, c'est difficile de parler de "scandale". Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a aucun problème.
Et je le répète : je suis contre le système de primes car – comme l'a relevé avec son talent habituel mon collègue député Socialiste Alberto Velasco, membre du Conseil d'administration de SIG (et qui s'est opposé à ce système lors d'un vote) – un tel système peut éventuellement se justifier dans une entreprise confrontée à un marché libre, à un système de concurrence entre différents acteurs, mais n'a aucun sens dans le cadre d'un monopole.
Si j'ai bien compris les choses à la lecture des journaux, M. Raymond Battistella, le Directeur Général – "étonnement" épargné par M. Dimier d'ailleurs – était favorable à ce système de rémunération de ses cadres dirigeants. Et manifestement aussi une majorité du Conseil d'administration de SIG qui a – toujours si j'ai bien compris – voté cette décision.
Je ne sais pas qui a soutenu ou non cette proposition (sauf mon brillant camarade Alberto Velasco qui s'y est opposé), mais à la lecture de la composition du Conseil d'administration de SIG, difficile de prétendre que cela est dû à une "magouille" des Socialistes et des Verts… car ils n'ont pas de majorité au sein de ce Conseil ! En reprenant ce qui se trouve sur le site de SIG, on trouve cette composition, cf. http://www.sig-ge.ch/corporate/l-entreprise-sig/notre-organisation/conseil-administration/index.lbl :

Daniel Mouchet

Socialiste
Président de SIG, Président de Cadiom, Administrateur d’EOS Holding, Administrateur de Gaznat S.A., Administrateur de la Société des Forces Motrices de Chancy-Pougny (SFMCP), Administrateur Télégenève, ancien Maire de Carouge 
Alberto Aliprandi
Radical
 
Patrick Ascheri
Radical
Maire de la commune d’Anières, chef du service des votations
Didier Bonny
PDC
 
Robert Cramer
Les Verts
Conseiller d’Etat
Henri Duvillard
PDC
Maire d’Aire-la-Ville, ancien Député, Entrepreneur
Alain Gaumann
Les Verts
Ingénieur-conseil en énergétique, Administrateur de Gaznat S.A., Président des commissions des deux fonds énergétiques cantonaux, Administrateur de la Société des Forces Motrices de Chancy-Pougny (SFMCP), Administrateur de Securelec SA
Claude Haegi
Libéral
 Président de la Fondation Européenne FEDRE pour le développement durable des régions, ancien Président du Conseil d’Etat et ancien Maire de Genève
Johnny Hamel
Radical
Ingénieur EPFZ/SIA, Président de la Société des Forces Motrices de Chancy-Pougny (SFMCP)
Rudy Jaussi
Ingénieur, représentant du personnel
Claude Marcet
UDC
Expert-comptable, Député, Administrateur des TPG (Transports Publics Genevois)
Alain Peyrot
Libéral
Président d’une régie immobilière, ancien Député
Eric Peytremann
Socialiste
Patrice Plojoux
Libéral
Maire de Russin, Député, Administrateur des TPG et de Genève Tourisme, Administrateur de Gaznat S.A.
Daniel Poscia
Responsable de l’économat, représentant du personnel
Caroline Schum
Les Verts
Marie-Laure Sommer
Ingénieure, représentante du personnel
Eric Stauffer
MCG
Jean-Marc Styner
Responsable maintenance de postes HT, représentant du personnel
Olivier Terrettaz
PDC

 

Manuel Tornare
Socialiste
Conseiller administratif de la ville de Genève
Pierre Vanek
SolidaritéS
Conseiller national, ancien Député
Alberto Velasco
Socialiste
Député, Ingénieur postgradué EPFL en énergie
Cette composition est par ailleurs gravement remise en cause par les projets de loi déposés par les Libéraux, cf. le rapport http://www.ge.ch/grandconseil/data/texte/PL09628A.pdf, et qui auront pour effet essentiel de rendre encore moins transparentes les décisions prises par SIG, puisque l'automaticité de la représentation de tous les partis présents au Grand Conseil disparaît !
Donc à mon avis il y a 2 problèmes dans cette affaire de primes - pas évoqués par M. Dimier mais cela n'est guère surprenant car cela casse sa démonstration du complot, socialiste de surcroît :
1. Qui doit décider du système de rémunération des collaborateurs d'une entité semi-publique ? Le politique (Parlement, Conseil d'Etat) ou l'opérationnel (Le Conseil d'administration) ?
Les Libéraux – docilement suivis par leurs amis radicaux, PDC et UDC - tartinent à longueur d'année sur la "dépolitisation des Conseils d'administration", afin de rendre les décisions de ces conseils moins liées (en réalité : moins liées de façon transparente) à des questions de vision politique et de favoriser leur autonomie. Alors, s'ils sont autonomes, faut-il s'immiscer dans des décisions prises à la majorité du Conseil d'administration ? En plus, en Suisse il est de coutume de laisser les questions de rémunération aux partenaires sociaux, aux employeurs et aux employés : pourquoi faudrait-il qu'il en soit autrement ici ? C'est quand même cocasse de voir un Libéral devenir subitement défenseur de l'interventionnisme public quand une décision lui déplaît !
D'ailleurs la Loi fixe un cadre, le Conseil d'administration prend des décisions dans ce cadre, mais si à chaque fois qu'une décision déplaît à un membre minorisé du Conseil d'administration et qu'il en fait une affaire politique – je ne sais pas pourquoi mais je crois reconnaître là le style du Député MCG Stauffer – et demande un changement de Loi pour passer sa petite lubie, on n'est pas prêt de vivre dans un monde plus simple ! Surtout que rien n'empêche de fonctionner selon les règles habituelles du système politique suisse : rédaction d'une proposition sous forme de motion ou de projet de loi, travail sérieux en commission et vote du Parlement… En ce qui me concerne je suis partagé entre mon opposition à un tel système de rémunération accompagné de primes et la nécessité de garantir une véritable autonomie aux établissements semi-publics ! Donc si l'autonomie prime, je les laisse faire, même si cela ne me plaît pas, et si la "morale" est prioritaire, je soutiendrai un projet qui vise à interdire les primes dans les rémunérations des collaborateurs des entités semi-publiques. N'hésitez d'ailleurs pas à me faire part de vos réflexions à ce sujet, je serai moins bête pour étudier le sujet en commission et le voter le jour venu !
2. Quelles sont les règles et les limites de transparence des entreprises semi-publiques ?
Etant favorable de façon générale à un maximum de transparence dans les activités publiques ou parapubliques (Il y a quelques années, j'ai p.ex. proposé que le rapport d'activités de la Fondetec, www.fondetec.ch, mentionne les rémunérations des membres de son Conseil… et j'étais également favorable à la publication du salaire du directeur et de ses collaboratrices/teurs… Et en ce qui concerne le Grand Conseil, je suis en faveur de la publication annuelle des déclarations fiscales des DéputéEs ainsi que de leurs rémunérations obtenues dans le cadre de leurs activités politiques ou para-politiques (jetons de séances plénières, commissions, rapports, etc. ou de Conseils divers, fondations, entreprises parapubliques, etc.)), c'est là que je trouve que la question des primes n'est actuellement pas réglée de façon satisfaisante par SIG : La rémunération des collaboratrices et collaborateurs se fait habituellement selon une grille connue et publique de classes et d'annuités. Donc sans connaître forcément le salaire exact de telle ou telle personne, on peut connaître exactement les limites fixées aux revenus dans l'entreprise. Avec un système de primes, arbitraire, il me semble alors primordial de garantir la complète transparence des primes versées : qui a reçu combien sous forme de primes ? Le Conseil d'administration doit bien entendu connaître ces montants, mais un contrôle parlementaire doit aussi s'exercer afin de garantir la conformité des procédés avec les intentions exprimées par le Peuple et ou le législateur. Donc si "scandale" il y a, c'est dans l'absence actuelle – et peut-être provisoire – de transparence de SIG à ce sujet !
Mais je me réjouis par avance de savoir qui – quels partis ? - soutiendra des propositions de transparence des revenus !

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Commentaires

Monsieur le depute,
OUI j'existe et si vous connaissiez mieux les reglements de comptes qui hatant le departement de votre collegue de parti, vous comprendriez pourquoi je ne prends pas le risque de devoiler mon identite!
Sur le fond de votre analyse, pourquoi n'avez-vous pas commence par ce texte plutot que par le precedent? Que vous en vouliez a tel ou tel en raison de ses attaches politiques ne regarde que vous et justifie votre mandat de depute. Mais la ou on ne peut pas etre d'accord avec vous c'est que vous faites un proces d'intention a une personne uniquement pour cette raison n'est tout simplement pas normal. La force d'une democratie se compte precisement a l'aune de la capacite de chacun de ses acteurs d'ouvrir le dialogue. De ce point de vue, votre deuxieme billet me semble plutot convaincant. Les citoyens n'en rien a faire des appartenances des uns ou des autres, ce qu'ils constatent, et votre petit tableau a a moins cet avantage, c'est que ces conseils d'administrations sont exactement ce que denonce M. Dimier, des usines de recyclage de militants meritants. On peut meme dire que celui des SIG tel que vous le montrez est caricatural, on retrouve les memes dans les mes cercles!
J'aime croire que je suis objectif et je vous felicite d'avoir ose reprendre la plume et revenir sur le sujet avec une demonstration, meme si elle ne convaincra personne de la pertienence de la demonstration. Vous avez eu le courage de le faire et cela merite d'etre dit. On s'en f.... de savoir qui Me Dimier defend, il ne semble pas faire son travail d'avocat de maniere moins partisane que l'ex conseiller d'Etat Ziegler qui vole au secours d'un vieux pote devenu conseiller d'Etat qui est bien embirlificote avec sa police. Une fois encore M. Deneys, vous etes meilleur lorsque vous reste attache aux faits et a leur consquence. Libre a vous de ne pas croire que je vote a gauche, meme si vous ne devriez pas trop crahcer sur ceux qui votent eoncre pour vous, mais c'est justement a force de ne pas nous ecouter que le PS s'eloigne de plus en plus de sa base. Vous pouvez mepriser les MCG, c'est de bonne guerre, mais pourquoi ne pas vouloir analyser leur action politique sur le fond (Stauffer est ininteressant au possible sur le plan humain mais son action politique ne cesse de montrer que le PS a perdu la main au profit du Pouvoir) et vous y trouveriez de serieuse source de reflexion! Pourquoi se voiler la face dans le sacnadale de la BCGe et nier que des socialistes y ont joue un roel determinant? Au nom du Pouvoir, toujours lui? Je suis d'accord que "l'affaire" des bonus des SIG n'est pas un scandale si la compare a celle de la BCGe. Il n'en demeure pas moins qu'une fois encore elle vient mettre le doigt sur l'action de membres influents du PS. Vouloir rester aveugle la-dessus est tres tres perilleux! Une fois encore, je vous rend hommage d'etre revenu a la charge avec de nouveaux arguments (pertinents ou pas) et un ton moins incompatible avec votre statut d'elu du peuple!

Écrit par : pierre, enseignant du secondaire | 15/08/2007

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