16/10/2007

SIG, primes et politiques : Bravo ! Mais la Tribune de Genève peut encore faire un effort !

L'article de ce lundi 15 octobre dans la Tribune est assez bon. Mais il laisse encore subsister des zones d'ombre. Volontairement ou non ? Telle est la question.

C'est en effet bien joli de connaître les rémunérations des membres du Conseil d'administration de SIG et d'en déduire que c'est un système inadéquat pour financer les partis politiques.

Or l'article en question reste justement bien discret sur 4 choses :

1) l'appartenance politique de chaque membre de ce Conseil d'administration : pourquoi n'est-elle pas indiquée ?`

2) le montant reversé par chacun de ces membres à son parti politique : si les représentants des partis de gauche versent souvent une part importante de leurs jetons de présence à leurs partis respectifs (chez les Socialistes, 50%, plus à gauche souvent encore bien plus) et peuvent donc effectivement contribuer au financement de nos partis qui ne bénéficient pas, contrairement aux partis de droite, de dons occultes (je me demande d'ailleurs souvent, lorsque nous votons au Grand conseil, quels sont les "avantages" obtenus par ces partis ou leurs représentants lorsque certains groupes économiques obtiennent des décisions très généreuses de la majorité du Grand Conseil… on peut penser à Ikea s'installant à Vernier, qui avait Mark Muller comme avocat lors des derniers recours avant son élection au Conseil d'Etat, ou plus récemment au vote très généreux du Grand Conseil en faveur du droit de superficie de Balexert). Je crains qu'on ne puisse en déduire seulement que les partis de gauche verraient effectivement leurs rentrées financières baisser, mais je suis loin d'en être convaincu pour les partis de droite, qui ont bien d'autres sources de revenus, malheureusement occultes à ce jour.

3) Le nombre de séances et leur durée pour la rémunération en question. Par expérience, que ce soit au Grand Conseil ou lorsque je siégeais au Conseil de Fondation de la Fondetec, ces rémunérations ne sont pas très élevées – correctes - compte tenu de la durée des séances. Tout travail mérite salaire, non ? Et à partir du moment où il est transparent et sans démesure, on devrait pouvoir mettre une majorité de citoyens d'accord.

4) Les autres Conseil d'administration (TPG, HUG, Aéroport, etc.) : il me semble que M. Balestra, Libéral, n'avait pas indiqué dans l'article de la Tribune sa rémunération de Président du Conseil d'administration de l'Hôpital) : Ai-je loupé l'info ? Ou les journalistes sont-ils soudain trop fatigués ? Ou craignent-ils de s'attaquer à plus puissants que des socialistes ? Au risque de voir leurs chances de finir un jour et comme bien d'autres avant eux dans l'administration publique avec des salaires fort honorables ?

Dans son édito de la page une, Marc Bretton en tire une conclusion hâtive : "Moins de partis, plus de contrôle", affirmant que "la présence de représentants des partis n'est pas un gage de transparence. C'est un moyen douteux de financement des partis".

Or c'est malheureusement une interprétation erronée des faits, sans doute destinée à conforter le journaliste et ses lecteurs de la pertinence de ses choix idéologiques.

La question du financement des partis ne se pose que pour la gauche.

Mais surtout, la représentation des partis politiques est une condition nécessaire mais pas suffisante. C'est donc un gage parmi d'autres.

Il est important que chaque parti, avec sa vision de la société et ses valeurs propres, puisse avoir un représentant qui pose les questions en interne, défende des positions, mais dans la sphère interne à l'entreprise que représente un Conseil d'administration et donc avec toute la confidentialité – normalement - requise.

Cela ne suffit néanmoins pas : il faut des représentants compétents et sans complaisance en raison de liens d'intérêts trop directs. Et donc plus il y a de partis, moins la probabilité d'être "couvert" par le silence de tous est grande.

Et il est important que d'autres entités exercent aussi un contrôle :

- Le Grand Conseil, via des commissions parlementaires et notamment celle du Contrôle de Gestion;

- Le Conseil d'Etat et le Grand Conseil, notamment via l'Inspection Cantonale des Finances (ICF);

- Et évidemment aussi la Cour des Comptes.

Toutes les entités en question sont complémentaires et visent en fait à éviter que ce soit toujours les mêmes qui s'occupent du même travail. C'est fondamental.

On voit d'ailleurs très bien à SIG ici ou par exemple avant en ville à la Fondetec, que la routine plus ou moins complaisante ou l'incompétence d'une majorité des membres du Conseil peuvent conduire à des statu quo fondamentalement discutables!

Et il faut aussi faire attention à la nature des contrôles.

Avoir des comptes bien tenus, vérifiés, contrôlés par un service de contrôle non politique, ne veut pas dire que cela soit forcément éthiquement défendable.

Ainsi à la Fondetec – mais cela n'avait guère intéressé les journalistes de la Tribune à l'époque - le directeur radical, M. Mouron, touchait un salaire beaucoup trop important au regard de ses compétences réelles, alors qu'il n'y avait même pas eu d'appel d'offres public pour sa nomination (il était membre du Conseil qui s'était trouvé un directeur en son sein ! A plus de 150'000 francs par an, c'est tout simplement sidérant !). Mais ce qui ne veut pas pour autant dire qu'il y avait des inexactitudes comptables…

Bref, méfiez-vous des "bonnes solutions" prônées par la droite : elles sont justement destinées à verrouiller encore plus ces Conseils d'administration !

D'ailleurs, la droite et surtout les libéraux pourraient montrer l'exemple : retournez voir la liste des membres du comité de la SRT Genève, qui contrôle la SSR et la TSR à Genève (http://www.rtsr.ch/rtsr/?rub=menus&&menu=2&idpere=57&sousmenu=57&sousmenu2=80) : ils pourraient aussi dépolitiser cette société directement eux-mêmes, histoire de nous aider à avoir des journalistes moins serviles !

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Commentaires

Vous affirmez que les élus socialistes reverseraient à leur parti une partie importante de leurs revenus provenant de telles fonctions. Or, Monsieur Mouchet a déclaré qu'il ne reversait rien à son parti. Qu'en est-il ? Combien Monsieur Brunier reverse-t-il à son parti ?

Je rappelle que le programme du Parti socialiste, à la page 20, évoque comme moyens de propager ses idées non seulement les moyens démocratiques que sont les élections, l'usage du droit de référendum et du droit d'initiative, mais aussi "l'augmentation de son influence dans l'administration"... ce qui explique certainement, en VIlle de Genève, le déplorable climat créé par les purges salerniennes.

Il n'en demeure pas moins que le PS place ses caciques les plus méritants à des postes grassement rétribués sans qu'il puisse prétendre que cela est destiné à financer le parti. Il s'agit juste d'occuper le terrain et de pourvoir les salaires de politiciens professionnels aux frais du contribuable.

Écrit par : Soli Pardo | 16/10/2007

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