22/11/2007

Bécasse !

Lundi 19 novembre 2007, Plan-les-Ouates. Avenue du Millénaire. Mill'o. Un lundi de début d'hiver. Il ne pleut pas. 21h. Anja et Yann se sont endormis. Je descends à la cave pour aller chercher deux paquets de couches pour ma fille. Il n'y en a plus à la crèche, c'est l'urgence ! Et deux litres de lait de céréales. En remontant, je ressors de la partie centrale de l'immeuble où se trouve la cave. Je referme la porte. Tiens ! Bizarre ! A ma gauche, je vois Bolingo, le chat de ma voisine Christine qui fait le fou. Il saute, tourne sur lui-même, bondit à nouveau, un vrai chat foufou ! Il est au dessus de la grille métallique qui protège la trappe de la cheminée – à pellets, c'est un immeuble Minergie ! – et tourne là-dessus comme un fou. Etrange. Réflexe biologique – l'homme est un prédateur – ou curiosité de curieux/ornithologue amateur, je fais un pas vers la gauche. Mais qu'est-ce que Bolingo fait là-dessus ? Drôle d'endroit pour jouer quand même ! Mais… mais… Ha oui ! Il y a du bruit ! Bolingo saute, mais il y a aussi un autre bruit…. J'écoute encore. Oui, pas de doute, il y a quelque chose qui bouge là en bas, au fond de la trappe se trouvant sous la grille. Comme des pas. Petits. Lents.
Mais il fait nuit. Ce n'est pas la lumière extérieure qui m'aide. Et Bolingo fait toujours le fou sur cette grille. Et j'entends toujours le bruit. Un rat ? Pour aller se coincer là-dessous – et comment ? mystère ! – ça doit être un rat. Une souris je ne l'entendrais pas. Mais même un rat a le droit de vivre. Ou en tout cas de ne pas crever comme ça, enfermé au fond d'un trou avec un chat qui tourne au dessus de sa tête. Que faire ? La trappe fait au moins 1m20 de profondeur. Comment attraper un animal sauvage qui se trouve là en bas… Bon, je n'en sais rien. Mais vérifions de quoi il s'agit vraiment… Si c'est un pigeon, c'est moins difficile à capturer et libérer qu'un rat… Je monte les escaliers, je prends mon natel, la seule lampe de poche qu'on ne perd pas et qui a des piles en état de fonctionnement et je redescends. J'allume. A travers la grille, à ma hauteur, rien d'identifiable. Mais il y a bien quelque chose. Bolingo est toujours là. Il tourne sur la grille autour de la cheminée en suivant les mouvements de ce qui bouge là en dessous. ça doit être un rat… Je me baisse et j'approche la lampe de poche de la grille. Tiens… non… oui…. hmmm… Un pigeon ? On dirait plutôt un pigeon qu'un rat… J'approche encore ma lampe de poche de la grille. Je suis à genoux. Mais… Mais… Non, attends… Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas un pigeon ! Ni un rat ! C'est un oiseau EXTRAORDINAIRE : c'est une bécassine ! On dirait une bécassine des marais ! Là en bas, 1m20 sous la grille, une bécassine des marais. Enfermée ! Coincée ! Avec Bolingo qui tourne au dessus de sa tête ! Mais COMMENT est-elle arrivée là ? Je n'y crois pas !!! Une bécassine des marais, un oiseau migrateur quand même assez rare ! J'essaye de me souvenir de mes guides et de mes observations récentes mais je pense vraiment que c'est la bécassine des marais. Pas la sourde. Pas la double. Il faut que je montre ça à tout le monde ! Vite ! Hé, Bolingo ! Arrête de vouloir te faufiler pour entrer dans la trappe ! Chhttttttt ! Je monte les escaliers, Nathalie ! Viens voir ! Un truc absolument extraordinaire ! Hé, vite ! Encore mes voisins ! Les autres habitants de l'immeuble. Je frappe à la porte ou à la fenêtre de la cuisine. Si tu veux voir un truc incroyable, viens ! Viens voir ce qu'il y a là en bas vers le local vélo ! Nathalie, David, Sébastien, Stéphane descendent et viennent voir. C'est quoi cet oiseau ? Une bécassine des marais ! Comment est-elle arrivée là ? Mystère ! Bon, il va quand même falloir la sortir de là ! D'abord, rentrer les chats. On attrape Bolingo et on le remet chez Christine. Nathalie vérifie que Mioumiou est bien chez elle. La voie est libre ! Stéphane enlève la grille. Nous sommes là les quatre, David, Stéphane, Sébastien et moi. Que faire ? Il y a environ 30 cm de chaque côté de la cheminée jusqu'au mur. Je vais descendre ! Mais non, c'est trop étroit, tu n'arriveras pas à remonter ! David prend un balai pour essayer de la "pousser" à un étroit particulier. Sans succès ! Elle essaye de s'envoler mais retombe, frappant les murs de ses ailes ! Flûte ! Pourvu qu'elle ne se blesse pas ! Un oiseau si précieux ! Il faut faire autrement ! Stéphane se met à plat ventre. Tend les bras vers le bas. David pousse la bécassine vers la droite avec son balai ! Hop ! Il l'a attrapée ! On y est ! Stéphane se lève ! La bécassine est dans sa main. Vivante. Comme étonnée. Vite, je vais chercher mon appareil photo ! C'est trop incroyable ! David prend la bécassine dans sa main. Photos. Oui, une bécassine des marais ! Un oiseau migrateur, assez rare, j'en ai vu en Laponie en juin. Et au Fanel le mois dernier. On devrait allait le poser dans le jardin pour vérifier s'il peut s'envoler… Encore Pierre et Charmaine qui arrivent. Mioumiou est bien enfermée. On retourne à la lumière pour leur montrer la bécassine. Et retour dans le jardin. On la pose… Oui, oui… Pas de problème ! Elle s'envole ! Lentement ! En direction du Salève. Bye bye bécassine ! Tu es libre !!!!!!!
Super… Trop top ! Nous pouvons rentrer à la maison ! Bonne nuit les gars !
Mais c'est trop exceptionnel ! Vite ! Transfert des photos sur le PC… et mon guide ? Les bécassines ce n'est pas si simple, ça mérite une vérification dans mon guide…. j'ai dit "des marais", mais vérifions quand même… Voyons, voyons… Mais… mais… MAIS… Mais non ! Ce n'est pas une bécassine des marais ! C'est une bécasse des bois ! UNE BECASSE DES BOIS ! Sur la tête, pas de lignes parallèles à la tête, mais bien des barres perpendiculaires ! Et c'est donc une coche ! Un oiseau que je n'avais encore jamais vu ! Incroyable ! Et comment s'est-elle faufilée là-dedans ? Et est-elle sédentaire ici à Genève ? Je n'en sais rien !!! Je ne sais rien de cet oiseau ! Heureusement que j'ai fait des photos mais c'est quand même vraiment incroyable !
Photos sur www.amillo.ch
PS : Je ne peux m'empêcher de penser à l'article récent – samedi dernier ? - de la Tribune relatant les choix gastronomiques de Philippe Chevrier en matière d'oiseaux sauvages. Je suis un gourmet gourmand, sans trop d'état d'âme –je ne suis pas végétarien et je suis facilement capable d'apprécier un bon morceau de viande (un onglet de la boucherie de Plainpalais, un gigot d'agneau, un magret de canard…) ou même – exceptionnellement - de foie gras (je n'en suis d'ailleurs pas très fier mais j'assume) et Philippe Chevrier est un grand cuisinier mais – je lui avais d'ailleurs fait la remarque il y a quelques années quand j'étais allé chez lui – je trouve vraiment navrant de faire l'apologie des qualités gastronomiques et gustatives d'oiseaux sauvages qui sont en voie de disparition. Et la Tribune se fait complice en publiant un pareil article. Ce n'est pas glorieux !

La bécasse des bois dans la trappe...

La bécasse des bois dans les mains de David

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