18/10/2008

Constituante, arithmétique radicale et démocratie : on est mal barrés !

(en passant par la complaisance médiatique du moment)

 

 

La Constituante est un processus éminemment sérieux dans lequel je n'ai pas eu le temps de m'investir autant que je l'aurais souhaité. On ne peut pas tout faire. Je me contenterai d'évoquer ci-dessous une des raisons pour lesquelles j'ai des doutes quant au succès de ce processus.

 

 

A la lecture de la publicité radicale de la page 21 de la Tribune de ce vendredi 17 octobre, je ne peux m'empêcher de penser que nous vivons dans une démocratie arithmétiquement mal barrée.

 

 

Ainsi "l'ouverture" serait incarnée par "75 députés au lieu de 100" et signifierait "+ de démocratie" et "- de blabla".

 

 

Je sais que les radicaux genevois traversent une profonde crise de sens et qu'ils ont tendance à se raccrocher à toutes les idées simplistes qui passent tout en essayant de se donner une image jeune et branchée (festive, merci Frédéric; plus écolo, merci Antonio). Ces idées simplistes, véhiculées notamment et avec son brio habituel de chef des vendeurs de supermarché par l'ancien – et sympathique, c'est vrai - député Pierre Kunz, plaisent évidemment à mon cher ami Décaillet (je me demande d'ailleurs s'ils ne partagent pas un amour commun pour Louis Pauwels, sans que je puisse déterminer si cela se limite à la période Figaro Magazine/extrême droite conservatrice ou si cela inclut également la période moins connue des écrits érotiques… mystère !)… Mais franchement, où nous mènent-elles, ces idées ?

 

 

Comment peut-on par exemple aborder un véritable processus démocratique participatif, prospectif, tourné vers l'avenir, en respectant les sensibilités, les minorités, qui existent et qui ont le droit d'exister, en écrivant à l'avance un projet tout ficelé de nouvelle Constitution ? C'est un manque flagrant de respect des autres, de tous les autres, de gauche comme de droite, et cela augure mal de l'avenir.

 

 

Ensuite, ce qui me fait tiquer aujourd'hui, c'est cette équation "moins de députés = + de démocratie et – de blabla"…

 

 

Je n'ai rien contre l'hypothèse d'une baisse du nombre de députés mais franchement, y a-t-il un lien entre le nombre de députés et le taux de démocratie d'une société ? C'est un gag ! Cela signifierait donc que le Conseil National est moins démocratique que le Grand Conseil ? Que l'Assemblée nationale française l'est encore moins ?

 

 

En plus, les radicaux devraient alors aller au bout de leur stupide fantasme arithmétique : si moins de députés, c'est plus de démocratie et moins de blabla, alors 0 députés, la suppression du parlement, du pouvoir législatif, ce serait le nirvana démocratique ? Pour un parti qui revendique à longueur d'année son rôle historique "révolutionnaire", c'est un sacré retournement de situation ! Et avec un seul député, c'est certain que normalement on ne perd pas trop de temps à discuter avec soi-même… Cette démocratie ressemble furieusement à une dictature, non ? Vive l'Empereur Pierre 1er !

 

 

Le silence imposé aux minorités, à celles et ceux qui ne pensent pas assez à droite, est un véritable fond de commerce du Parti radical genevois, il l'a encore prouvé récemment au Grand Conseil en proposant puis en faisant voter des dispositions visant à limiter les droits et les temps de parole de la minorité.

 

 

C'est d'ailleurs assez "drôle" (politesse du désespoir) de voir les partis de droite, Libéraux en tête, qui se revendiquent de et pour la Liberté à toutes les sauces, imposer à longueur d'année des lois liberticides (restriction du droit de manifester, restriction de la liberté d'affichage, interdiction de la mendicité, réduction du temps de parole au Grand Conseil, contrôle politique - dans le sens commissaire politique, Weiss power - des associations, etc.)

 

 

Et une démocratie qui se construit sans écouter ses minorités ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Y a-t-il aujourd'hui des dysfonctionnements majeurs liés à la présence de minorités au Grand Conseil ? J'ai plutôt l'impression que c'est déjà le contraire aujourd'hui : la majorité de Droite du Grand Conseil écrase souvent la minorité, avec arrogance, avec mépris, sans écouter nos remarques, nos propositions, nos arguments… Sans aller jusqu'à imaginer que nous aurions pu avoir raison, il me semblerait pourtant utile dans une démocratie bien comprise de tenir compte des arguments de la minorité, ne serait-ce que pour éviter des référendums, des recours, des pertes de temps, des passages en force qui accentuent les malaises dans notre société. On peut penser à la Loi sur le chômage, refusée une première fois par le peuple et ensuite acceptée au forceps (chantage fédéral) et sans attendre dans une nouvelle mouture qui était loin de clarifier tous les problèmes soulevés lors de la première tentative de révision ou plus récemment aux lois tellement mal foutues sur les Conseils d'administration des régies publiques autonomes refusées en votation populaire (référendums aboutis à quelques dizaines de voix près, je n'ai jamais été aussi heureux qu'après mes 25 voix récoltées seul à Plan-les-Ouates… donc on imagine bien la solution radicale au "problème" : augmenter le nombre de signatures requises).

 

 

Je pense qu'il faut encore une fois rappeler que la Suisse et Genève en particulier vivent une démocratie effectivement lente, mais que cela est dû en grande partie à la complexité des problèmes et problématiques à résoudre sur un territoire restreint et dense ! Nier cette réalité en invoquant des blocages abusifs, c'est nier la démocratie suisse.

 

 

Enfin, la Constituante sera telle qu'elle sortira des urnes, alea jacta est, je n'essaye même pas (c'est bien trop tard) de vous convaincre de la nécessité de voter pour des listes et des personnes qui sont tournées vers l'avenir et des valeurs et pas pour celles qui sont tournées vers le passé et la défense de leurs intérêts personnels privilégiés…. Mais avec les Radicaux d'aujourd'hui et leur vision d'une démocratie toujours plus totalitaire, la nouvelle Constitution risque d'être une soupe à la grimace…

 

 

 

PS1 : rien à voir ou presque, complaisance médiatique saisie au vol: je crois que c'était dans la TdG de jeudi, une brève de Henri Della Casa sur l'excellente initiative des Verts de la ville pour les 200 places piétonnes : il termine son article par le rappel de la position des radicaux sur cet objet. Rien que les Radicaux. Pas l'UDC ou Solidarités, ni les libéraux ou les PDC, ni les Socialistes… seulement la position radicale… Comment pourrions-nous appeler cela, le terme m'échappe…

 

 

PS2 : puisque je suis reparti sur la presse et la TdG , je ne peux pas m'en empêcher : je suis toujours navré quand les comptes-rendus du Grand Conseil sont faits de façon trop "partiale", l'autre jour c'était le PL visant à faire entrer dans le droit genevois la disposition – pourtant optionnelle – visant à imposer seulement le 60% des revenus du capital… rapport de majorité, l'illustre Député Olivier Jornot, rapport de minorité, la moins médiatique Députée socialiste Lydia Schneider Hausser… Le compte-rendu de Marc Bretton dans la TdG relate le débat en citant plusieurs fois Olivier mais évoque seulement Lydia à une occasion. Evidemment - mais là je ne pense pas que Marc y puisse grand' chose, ça doit faire partie de la tradition TdG – la photo qui illustre l'article est celle d'Olivier, qu'on a déjà pourtant vu en grand la veille suite à son annonce de candidature au Conseil d'Etat… Et même si Lydia ou bibi ne se sont pas exprimés avec l'éloquence d'Olivier, même si je n'étais personnellement pas bon, il me semblerait pourtant possible de citer aussi quelques uns de nos arguments, tels que nous les avons formulés, sans les filtrer au préalable (ce qui signifie d'ailleurs en fait que le journaliste estime justement qu'ils ne sont pas bons, mais à mon avis c'est au lecteur de juger pas au journaliste… là, c'est vraiment, vraiment, vive Léman Bleu !)

 

 

Commentaires

CherRoger,

Par amour pour l'histoire je ne peut pas laisser dire que les Libéraux = interdiction de la mendicité.
Vous le savez pourtant bien.
C'est Laurent Moutinot qui a forcé la main du Grand Conseil, en abrogeant le règlement de police, sur la mendicité.
C'est ainsi qu'est née la loi libérale.
La volonté du peuple souverain y est aussi pour beaucoup.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 18/10/2008

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