23/01/2009

Du vin australien servi en Commission fiscale aux Députés (le développement durable à Genève ou la difficulté de passer de la théorie à la pratique) !

Au-delà des grands discours, des idéaux, la Politique devrait, selon moi, aussi consister à mettre en pratique les principes moraux, éthiques, écologiques ou économiques qu'on demande aux citoyennes et citoyens de respecter par des lois, des règlements ou des incitations diverses.


Depuis plusieurs années, une notion simple en apparence, le développement durable, mobilise l'ensemble des collectivités publiques : agendas 21, guide du développement durable pour expliquer aux personnes ou aux entreprises ce qu'ils devraient faire et ne plus faire, c'est l'exemplarité, les bonnes pratiques qui servent de guides pour essayer de concilier les enjeux du développement économique, du social, en fait d'un partage plus équitable des richesses, et de l'environnement. Le canton de Genève ne fait pas exception : sur le site www.geneve.ch, le développement durable fait directement partie des thèmes mentionnés et une page spécifique y est consacrée (http://www.ge.ch/themes/themes_developpement.asp). Il en va "évidemment" (en théorie donc, aurais-je envie d'ajouter) de même avec la promotion de l'agriculture locale, http://etat.geneve.ch/dt/affaires-exterieures/actualite-savoir_plus-7727.html.

 

A l'occasion, je contribue d'ailleurs aussi à la présentation de cette exemplarité, en obtenant le Prix cantonal de l'Environnement 2000, prédécesseur du Prix Cantonal du Développement durable, avec mon entreprise d'informatique, ImagineR Software (www.imaginer.ch), qui, depuis 1994, va dépanner ses clients à vélo, qui livre le matériel informatique volumineux en utilisant uniquement des véhicules de Mobility CarSharing (www.mobility.ch), tout en étant extrêmement attentif aux choix de ses produits (écologiques, locaux, de qualité) et fournisseurs. Pas de miracles, mais des efforts modestes et pas si compliqués au quotidien. Suffisant cependant pour constituer un exemple parlant pour d'autres patrons, d'autres entreprises.

 

DSC07345OK.jpgIl y a 2 semaines, un mardi à midi, alors que j'arrivais à la Commission fiscale du Grand Conseil, qui siège à l'Hôtel des Finances, rue du Stand, quelle ne fût pas ma surprise et ma colère à la lecture de l'étiquette de la bouteille de vin qui accompagne le buffet qui nous est proposé : Australia !

 

Je me suis d'abord pincé, n'était-ce pas Austria ? Nous avions bien eu du (mauvais) Côte-du-Rhône dans cette Commission… pourquoi pas du vin de notre voisin autrichien, même si c'est plutôt rare (ou à l'antigel…) ? Mais non ! C'est bien Australia !

 

On peut bien entendu discuter de la pertinence (nulle à mon avis!) de la bouteille de vin un jour de semaine à midi lors d'une séance de travail sur des sujets aussi ardus que la fiscalité (certains y trouveront d'ailleurs peut-être une explication à cette tendance à couper n'importe comment dans nos recettes fiscales), mais j'ai été vraiment estomaqué de constater, alors que le canton essaye de promouvoir le Développement durable, alors que notre canton dispose d'une production vitivinicole abondante, de qualité à des prix fort raisonnables (y compris des bios d'ailleurs, comme La Devinière, www.la-deviniere.ch), de voir qu'un cahier des charges mis en place par les autorités cantonales, ici représentées certainement par le Département des Finances ou le Service du Grand Conseil, n'intègre pas cette plus élémentaire cohérence qu'on devrait attendre d'une collectivité publique ! En plus, le vin australien est une véritable hérésie environnementale et économique (je suis d'ailleurs totalement favorable à l'interdiction de telles importations) car transporter du vin sur près de 20'000 km alors qu'on en produit localement pollue inutilement et n'est possible que parce que le stupide système de marché "libre" dans lequel nous vivons ne fait pas payer l'énergie, ici pour le transport, à son juste prix ! Et évidemment, c'est encore moins de travail ici, à Genève, et moins de recettes fiscales…

 

DSC07344.jpgEt comment peut-on, via des subventions (notre Grand Conseil vient il y a quelques minutes de voter plus de 2.4 millions de francs annuels à l'OPAGE pour 2009 à 2012, cf. PL-10295-A), faire la promotion de l'agriculture et des produits locaux et régionaux (http://www.opage.ch/FR/accueil.htm) quand en même temps on ne fait pas l'effort – raisonnable et pourtant pas compliqué – de les consommer soi-même !?

 

Je suis vraiment déçu et scandalisé que cela puisse se produire en 2009 et de surcroît avec 2 Conseillers d'Etat verts ! Il est certain que les Conseillers d'Etat ne sont pas élus pour s'occuper de toute l'intendance de l'Etat et de la République dans ses moindres détails mais il me semble quand même que la mise en pratique cohérente des principes du Développement durable ne devrait pas demander des efforts surhumains à notre administration…

 

PS : le vin australien est sans doute un summum d'aberration mais je dois dire que je suis également choqué de constater qu'ici, à l'Hôtel-de-Ville, les machines à café mises à disposition des Député-e-s, sont des machines Nespresso, alors que Nestlé est une multinationale extrêmement discutable en matière de Développement durable, tant en ce qui concerne les conditions de travail et les salaires des paysans qui sont contraints de produire pour cette entreprise qu'en ce qui concerne les modes de production (agriculture intensive) et la gamme de produits (on retiendra en particulier la promotion du lait en poudre auprès des jeunes mères, cf. http://www.gifa.org/?lang=fr)

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