01/08/2009

Suisse, Socialiste et fier de l’être.

1er août 2009. Fête nationale. Fêter la Nation. Fêter la Patrie.

Ces phrases résonnent toujours un peu particulièrement à mes oreilles socialistes. Peut-être parce qu’elles entendent d’abord un chant de compétition, d’exclusion : NOUS, les Suisses, sommes meilleurs que les autres ! Une sorte d’éloge de la pureté de la Nation, de la Patrie. De la Race. NOUS et les autres.


Un refrain repris dans un pays après l’autre, en Suisse aujourd’hui, en Italie plus tôt, en France il y a quelques jours… Parce que, évidemment, nous sommes toutes et tous, dans chaque pays, les meilleurs du monde, meilleurs que les autres…

 

Ce sous-entendu sordide, entretenu notamment par le volet militaire des fêtes nationales, freine la spontanéité naturelle de l’expression publique de mon amour pour le pays dans lequel j’ai grandi : je ne tiens à aucun prix à être associé à des fous furieux qui prétendraient que nous les Suisses sommes meilleurs que les étrangers !

 

Et pourtant, l’amour est là. Constant. Malgré l’adversité. Malgré la minorité. Malgré le secret bancaire qui nous permet de vivre au dessus de nos moyens en exploitant le reste du monde. Malgré l’égoïsme forcené de notre société de riches. Malgré l’assurance maternité obtenue si tardivement. Malgré le service civil obtenu au forceps. Malgré l’aveuglement écologique et social de la majorité des élu-e-s et citoyen-ne-s de notre pays. Malgré tout.

 

Un pays dans lequel on a grandi, mais dans lequel l’adversité et la minorité se sont vite révélées. Pas de répit.

 

Alors ? Aimons-nous notre pays pour ses paysages, ses villes, ses montagnes ? Ou pour ses habitant-e-s ? Leur enthousiasme, leur joie de vivre, leur sens de la fête ? Ou « malgré tout » ?

 

Samedi dernier, j’étais dans l’Emmental. A Wynigen. Pas très loin de Berne.

 

J’adore Wynigen. Depuis toujours.

 

Peut-être parce que mes deux tantes, Lulu et Bluette, y habitent.

 

Peut-être parce que j’y ai joué enfant dans le foin avec mes cousins et cousines. Peut-être parce que la vue sur ces collines rondes de l’Emmental, coiffées d’une petite forêt, est si belle.

 

Peut-être parce que les bruits et la vie de l’écurie ou de la forge étaient si excitants qu’ils m’émeuvent encore. Même s’ils ont disparu.

 

Peut-être parce que l’Emmental est une face invisible - pile ou face ? - de la Suisse quand on vit à La Chaux-de-Fonds ou à Genève.

 

Peut-être parce que de pouvoir monter l’échelle d’un cerisier géant pour y dévorer des cerises est un souvenir de paradis perdu.

 

Peut-être parce que ces grappes rouges de raisinets sont toujours aussi bonnes à chercher et à cueillir.

 

Peut-être aussi parce qu’on a l’impression que le temps n’est pas le même. Pas figé. Mais différent.

 

Peut-être parce que le silence de la campagne est moins bruyant que celui de la ville.

 

Peut-être…

 

Et, la semaine passée comme l’année dernière, j’étais heureux et fier d’y être avec mes enfants. Pour leur montrer. Pour leur faire découvrir.

 

Pour qu’ils voient. Me faire lécher la main par une vache. La magnifique ferme bernoise, pourtant transformée maintes fois par mon cousin pour y développer des activités agricoles évoluant au gré des caprices du marché. La laiterie devenue épicerie. La gare qui fait penser à une célèbre vieille dame. Le vieux voisin qui s’occupe encore de son jardin, de ses lapins et des ses chats. Ma tante qui pétrit à la main la pâte de son nouveau pain, tard le soir.

 

Pour attraper des sauterelles. Pour ramasser des bâtons. Pour faire un arc ou un bouquet.

 

Pour qu’ils entendent aussi. Qu’on ne parle pas comme à Genève ou à La Chaux-de-Fonds. Qu’on se comprend parfois sans se comprendre. Que les bruits espacés agrandissent l’horizon.

 

Et dimanche dernier, après une nuit paisible à Wynigen, nous avons poursuivi notre chemin en train et car postal jusqu’à Ruttihubelbad.

 

Un autre endroit merveilleux de l’Emmental. Si beau. Si fort.

 

Avec un hôtel et un restaurant. Un home pour personnes âgées aussi. Un sensorium surtout pour les enfants.

 

Et cette vue sur les alpes bernoises, par delà une vallée qui semble sortie d’un circuit de train électrique Märklin. Là-bas, ce petit train rouge qui avance, la route à côté. Les barrières qui descendent. Le car postal qui va devoir s’arrêter. La moto qui vrombit. Les ombres qui s’allongent.

 

Une sensation d’éternité immuable.

 

Yann et Anja adorent le sensorium. Moi aussi.

 

L’expérimentation des phénomènes physiques, l’attention portée aux sens, les ondes, les vibrations, les lumières. La paix. Tout respire une magie lumineuse. Aérienne. Pure.

 

En fermant les yeux, vous entendez l’univers. En l’écoutant, les vibrations s’amplifient, les paumes de vos mains se mettent en harmonie avec une sensation de totalité, de cosmos… Et la musique de l’eau exprime cet accomplissement mystérieux par de joyeux pétillements.

 

Un étrange vrai bonheur.

 

Et ce paysage.

 

Et ces personnes.

 

Celles et ceux qui font vivre ce lieu. Qui y travaillent. Qui expliquent. Qui aident. Qui vous servent au restaurant. Des Suisses. Des étrangers. Aucune différence.

 

Un aide-soignant jeune et bronzé, brésilien ou thaïlandais peut-être, qui s’occupe d’un groupe de personnes très âgées. Qui parle suisse-allemand. Qui leur parle. Qui les écoute malgré l’élocution saccadée. Malgré les redites. Qui prend le temps de la vieillesse. Et qui sourit.

 

Une serveuse suisse-allemande qui a appris le français à Fribourg en s’occupant de trois enfants. Gentille. Disponible. Efficace. Souriante.

 

Une réceptionniste d’origine camerounaise, qui s’inquiète de ce que vous n’avez peut-être pas vu.

 

Un suisse-allemand qui explique comment le sable peut former des dessins magnifiques sur une plaque métallique en fonction des vibrations harmonieuses d’un archet.

 

Toutes et tous ensemble. Pour faire vivre un lieu hors du temps. Pour nous. Pour vous.

 

Et, repenser aussi à ma tante Lulu, bientôt 80 ans. Qui se préoccupe des effets de la grippe dite porcine. H1N1. Il paraît qu’elle touche avec plus de virulence, parfois mortellement, les jeunes. Les ados. Et elle trouve que ce n’est pas juste. Que cette grippe pourrait la toucher elle plutôt qu’eux. Même mortellement.

 

Penser aux autres. Naturellement.

 

Et j’en suis fier.

 

Je suis fier de ces suisses, de ces étrangers qui pensent aux autres.

 

Fier de l’idée de partage. Fier de l’idée que la pauvreté et la misère ne se justifient jamais. Qu’un lit, qu’un morceau de pain peuvent toujours être partagés.

 

Peut-être la guerre. Peut-être l’éducation. Je ne sais pas.

 

Mais alors, je suis aussi fier quand je rencontre d’autres socialistes, qui, au-delà des difficultés et des contraintes du système politique et des ambitions personnelles, sont présents pour dire OUI.

 

Oui, il est possible de partager notre richesse. Oui, nous en avons les moyens. Oui, il est possible d’apprendre des autres. Oui, nous pouvons aussi aider les autres. Oui, nous pouvons faire les choses ensemble.

 

Alors, ce premier août 2009, comme l’année dernière et très certainement comme l’an prochain, je proclame :

 

Vive la Suisse socialiste, ouverte, tolérante, écologiste et solidaire !

 

Et elle existe encore ! Grâce à vous.

 

Vous êtes peut-être rares. Mais si précieux !

 

Je vous aime. Merci.

 

 

PS: Et si vous souhaitez partager un moment convivial avecd es socialistes genevois et leurs amis, pour parler de tout et de rien, vous êtes les bienvenus au pique-nique socialiste et patriotique que nous organisons ce 1er août de 11h30 à 15h30 à Plan-les-Ouates.

PiqueNiqueSocialiste1erAout2009_PLO.JPG

08:27 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : suisse, socialiste, patrie, fierté, ouverture, altruisme, tolérance | |  Facebook

Commentaires

Ce billet est fantastique mon cher Roger !!

Bravo !!

Si tu veux voir le contraire et de la bêtise surtout va voir ça : www.suissnet.info

bonne fête !

Écrit par : Michel Tedeschi | 01/08/2009

Pourtant, au contraire de Michel, je trouve que la version suissnet du billet de premier aout verse beaucoup moins dans l'égalitarisme bêlant et l'entropie galopante que l'on trouve dans le billet de roger.

Écrit par : Crackers | 01/08/2009

Crackers, vous dites "entropie" ? Perdu votre dictionnaire? J'a parle francèse? ou bien Chuisse? Bonne fête nationale... bises

Écrit par : Emil | 01/08/2009

Cher Emil, essayez de faire fonctionner vos neurones un peu plus. Définition+entropie dans google ne vous mènera jamais vers de haut-lieux d'interprétation intellectuelle.

becs

Écrit par : Crackers | 02/08/2009

Cher Monsieur Deneys, j'ai le plaisir de vous informer que vous êtes, au 11.09 à 16h24, le 2ème dans ma liste SMARTVOTE.
Un joli score de 77.9 %.

Écrit par : Mr. Pomme | 11/09/2009

Cher Mr. Pomme, j'en suis ravi maintenant que je peux enfin revenir dans cette note... Et j'espère bien entendu que vous ne serez pas le seul ! Avec mes amicales salutations et au plaisir de vous rencontrer si nous ne nous connaissons pas déjà !

Écrit par : roger deneys | 18/09/2009

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