28/01/2010

Ouverture prolongée des magasins à Genève : une attaque de plus contre les petits commerçants.

D'ici quelques heures, le Grand Conseil genevois se sera prononcé au sujet du projet de loi 10448 visant à prolonger l'ouverture des magasins jusqu'à 20h.

Alors même que la situation des petits commerçants genevois est déjà fortement péjorée par le niveau excessif des loyers et le manque de réponses bancaires au besoin de soutiens en période difficile, cette nouvelle proposition va encore compliquer leur situation.


 

S'il n'est guère étonnant que le puissant lobby économique des grandes surfaces, le Trade Club, soit en faveur d'une telle mesure, il est pour le moins surprenant de lire et d'entendre des représentants de la Fédération des Artisans et Commerçants (FAC) défendre une telle proposition, alors même que la grande majorité des petits commerçants y sont opposés.

Car si une grande surface peut réaliser des économies d'échelle et rationnaliser l'emploi de ses collaboratrices et collaborateurs – en recourant d'ailleurs parfois à des pratiques s'apparentant à de l'esclavagisme moderne, je pense ici aux contrats de travail à temps très partiel, p.ex. 8 heures par semaine, mais pour lesquels on demande une disponibilité de 100% durant les heures d'ouverture de la grande surface, soit plus de 60h par semaine – de façon optimale, en recourant d'ailleurs assez facilement à des collaborateurs occasionnels comme les étudiants pour des tâches ne demandant pas de qualification particulière – il n'en va pas du tout de même pour les petits commerçants dont je fais partie.

Pour un petit commerçant, ouvrir plus longtemps signifie soit rester encore plus longtemps au travail pour être disponible pour d'éventuels clients, reportant donc à encore plus tard le soir ou au dimanche le travail administratif qu'il n'est pas toujours possible de confier à un collaborateur salarié, soit prendre un gros risque en engageant un ou plusieurs nouveaux collaborateurs, sans aucune garantie de succès, d'autant plus qu'un petit commerçant entretient souvent des liens de proximité avec ses clients et qu'il ne peut ainsi pas confier à des collaborateurs non qualifiés ou très occasionnels.

Fondamentalement, seules les grandes surfaces ont les moyens de prendre ce risque économique car leur seul objectif – et diverses études le montrent – est de grappiller encore quelques petites parts de marché au détriment de celles et ceux qui ne peuvent pas suivre.

Il est d'ailleurs assez frappant de lire dans l'argumentaire des partisans de ce projet de loi que cette mesure pourrait dynamiser le centre-ville, alors même que c'est principalement les grands centres commerciaux – où les économies d'échelle sont les plus faciles à faire - qui en bénéficieront réellement. Quant au centre-ville, il risque fort de rester toujours aussi morne et aussi triste car il n'y a aucune obligation d'ouvrir jusqu'à 20h…

Au-delà des réels problèmes que ce projet de loi fait courir au personnel du secteur de la vente, notamment parce qu'il n'y a aucune amélioration des conditions de travail, aucune convention collective ne venant accompagner ce projet, il est pour le moins sidérant que les soi-disant défenseurs du petit commerce se plient sans broncher aux desideratas des grandes surfaces ! Un véritable suicide !

Heureusement, du côté du Groupement des Entrepreneurs et Indépendants Progressistes (

Nous soutiendrons en conséquence le référendum annoncé par les syndicats contre ce projet de loi consumériste et égoïste (on notera d'ailleurs que les sondages et autres enquêtes réalisés pour et par le Trade Club et leurs amis se distinguent par leur manque de rigueur scientifique. A titre d'exemple, la question de savoir si le client est favorable à l'ouverture prolongée des magasins – réponse en général oui – n'est jamais formulée en indiquant la conséquence directe de la proposition, à savoir : êtes-vous favorable à l'ouverture prolongée des magasins si vous devez travailler une heure de plus en soirée. Ce n'est pas une fantaisie, l'enquête française de la CGPME montre bien que les commerçants favorables à l'ouverture des dimanches sont également – et logiquement – favorables à ce que ce jour – ou cette période pour le soir – soit considérée comme une période normale de toutes les activités).

 

Ce projet de loi est d'ailleurs l'occasion de constater qu'en réalité les employés du secteur de la vente et les petits commerçants devraient s'unir plus souvent pour lutter contre les grandes surfaces et la destruction des savoirs et des liens de proximité qu'elles engendrent.

A bon entendeur…

http://www.ge.ch/grandconseil/data/texte/PL10448A.pdf

www.progressistes.ch), nous sommes unanimes et catégoriques à refuser de voir nos conditions de travail et de vie se détériorer pour le bon plaisir de grandes surfaces qui tuent l'emploi qualifié.

Commentaires

M. Deneys,

Vous avez absolument raison : le seul intérêt visé par ce projet de loi est celui qu'y trouve, une fois n'est pas coutume, les grosses machines à frics que sont les grandes surfaces.

Personnellement, je m'opposerai toujours à toutes prolongations des horaires d'ouvertures des magasins, bien que planqué au chaud derrière un bureau.
En effet, l'on ne peut pas dire que le personnel dans le domaine du commerce de détail bénéficie de bonnes conditions de travail (horaires-disponibilité-salaire..) et franchement entre les réfrigérateurs et les congélateurs, nous les planqués de bureaucrates pouvons déjà largement survivrent aux horaires d'ouverture en vigueur.

Je soutiendrai donc de tout coeur le référendum !

Bien à vous et bonne route

Écrit par : Liberté | 28/01/2010

Les commentaires sont fermés.