12/11/2012

Le renard et le poulet

(Les histoires vraies de Tonton Roro).

Un carton de souvenirs presque totalement détruit par l’inondation de notre cave lundi dernier m’a fait retrouver cette photo, dans un piteux état. Mais il faut que je vous en raconte l’histoire véridique…

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Au début des années '80, par une triste journée de printemps, me promenant à Neuchâtel, je venais d'aller à l'extrémité de la jetée du port pour profiter de l'air du large. En repartant, quelle ne fut ma surprise de voir, seul en face de moi, un... renard. Il allait, d'un pas décidé, au bout de la jetée en cul-de-sac et moi j'en revenais... d'un pas nettement moins décidé... Quelle étrange rencontre ! L’hagard regard du renard a croisé celui du promeneur décontenancé... Nous avons dû nous dire "Bonjour", "mais où vas-tu ?".

A l'époque, sévissait une bien triste maladie des animaux, la rage. Mon inquiétude venait bien entendu de là, le renard, même myope, ne pouvait certainement pas me confondre avec une poule ou, plutôt, un petit coq... Car les animaux malades de la rage avaient cette fâcheuse habitude de ne plus craindre l'homme... Et donc, de venir, en promenade, là où les hommes se promenaient aussi… Et, parfois, sans crier gare !, le renard enragé pouvait vous mordre et vous transmettre l’affreuse maladie mortelle !

Mais ce renard était à ce moment peinard, il me croisa, me toisa et continua sa promenade en direction de la pointe de la jetée. De mon côté, inquiet pour mes semblables, j’allai à l’hôtel du coin pour téléphoner à la police et les prévenir de la présence de l’animal.

Les poulets cherchaient le renard depuis le matin. Mais le rusé renard leur avait sans cesse échappé. Ils accoururent. Armés. Non pas d’un fromage, mais d’un fusil.

Un vaillant poulet de la police neuchâteloise pris son courage à une main et son fusil dans l’autre pour aller à la rencontre de l’indocile goupil qui, ayant aussi humé l’air du large, était revenu dans le port.

Le policier avait à moitié retiré son grand manteau noir en cuir – davantage destiné à faire peur aux petits enfants qu’aux animaux victimes de la rage – pour s’en protéger, comme d’un bouclier, tandis qu’il visait avec son fusil le pauvre renard.

Le renard et le poulet n’étaient qu’à quelques mètres l’un de l’autre…

Bang ! Le policier tira… mais rata le renard ! A moins de 5 mètres ! Le renard, surpris, s’inquiéta et, curieux, avança en direction du poulet. Celui-ci, apeuré, recula… Et s’encoubla ! Le poulet était à terre, tremblant comme une poule mouillée, son brave fusil à ses côtés. Le renard le renifla puis, dégouté, s’en alla nonchalamment sans avoir touché à la volaille paniquée.

Ouf !

Mais le renard ne s’enfuit pas, un peu plus loin, sans quitter le port, il se réfugia sous une voiture, pour faire une petite sieste. Là, quand même, c’en était trop ! Le vaillant poulet repris son fusil… Et, cette fois, ne rata pas son coup. Le renard était mort. Le poulet rétabli dans sa dignité. L’ordre régnait à Neuchâtel.

Moralité : Attention ! La poule mouillée armée est plus dangereuse que le renard enragé !

15:28 Publié dans Général, Humour, Nature | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Magnifique.
Un vrai plaisir de te lire.

Écrit par : Bertrand Buchs | 13/11/2012

Triste histoire, dont je tire une autre moralité:

Remmetez vous aux les services de l'état, et ça finira en desastre (la plupart du temps).

Écrit par : Eastwood | 13/11/2012

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