08/03/2013

L’égalité hommes-femmes n’est pas respectée dans le projet de budget 2013 (pour un budget par genre ?)

Il y a quelques mois, dans le journal Moneta 2/2012 de la Banque alternative suisse BAS, je lisais un article intitulé « L’argent public véritablement pour toutes et tous » qui m’a tarabusté tout au long des discussions relatives au projet de budget 2013 du Canton de Genève.

Cet article évoque une réflexion menée – et suivie d’actes semble-t-il - dans les pays nordiques et en Autriche: « La fédération, les länder et les municipalités doivent viser à l’égal statut des femmes et des hommes dans la gestion du budget public »

A Genève, le budget n’est « évidemment » pas conçu selon un modèle qui mettrait en évidence l’égalité – ou plutôt l’inégalité - des hommes et des femmes dans les choix effectués puisqu’il s’agit d’un budget par « politique publique » mais, depuis ma lecture du journal Moneta, je n’ai pu m’empêcher de considérer les choix faits en Commission des finances et au Grand Conseil aussi à l’aune de cette approche.

Et d’évaluer aussi les coupes proposées par le Conseil d’Etat ou les députés PLR-PDC-MCG et UDC selon ce critère.

Et le constat est sans appel : on peut aisément vérifier que les coupes et autres « économies » du Conseil d’Etat ou de la majorité de droite se font davantage au détriment des femmes que des hommes.

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A l’inverse, les quelques rares nouvelles subventions accordées récemment l’ont été dans des projets essentiellement « masculins » et rares sont ceux et celles qui ont osé s’y opposer...

Dans le document PDF ci-annexé, vous verrez toutes les subventions prévues au projet de budget 2013 et leur évolution entre les comptes 2011 et le budget 2012.

Il me semble important de préciser, de rappeler, d’insister que les subventions qui s’adressent à ces associations et autres institutions sont essentiellement destinées à permettre l’accomplissement de missions d’utilité publique au bénéfice d’une population en nombre croissant. Genève compte près de 100'000 habitants de plus en 22 ans, soit près de 5’000 personnes de plus par année ! Les besoins sont donc aussi naturellement croissants.

Mais là où le bât blesse, c’est que si dans certains domaines les subventions augmentent, dans d’autres, malheureusement, elles baissent, en dehors de toute considération objective relative à l’augmentation avérée des besoins !

Deux exemples pour illustrer mon propos.

Une des rares nouvelles subventions accordées en 2012 concerne Genève Futur Hockey (GFH) (PL10835, http://www.ge.ch/grandconseil/data/texte/PL10835A.pdf), une émanation de GSHC qui vise en priorité à offrir un encadrement plus professionnel aux jeunes hockeyeurs adolescents qui envisagent une carrière dans ce sport. On pourrait difficilement prétendre que cette subvention respecte l’égalité Hommes-Femmes, le hockey sur glace étant essentiellement masculin et même si les promoteurs de ce projet, pour différentes raisons, y ont inclus un volet « hockey féminin ».

Dans le même temps, pour rester sur la même politique publique N « Culture, sports et loisirs » aucune subvention équivalente à un club sportif féminin - ou essentiellement féminin - ou à une association féminine – ou essentiellement féminine - n’a été accordée durant la même période.

Et, pire encore, cette subvention augmente encore – alors qu’aucun nouveau contrat de prestation n’est signé à ce jour pour 2013 – de 143'070 francs en 2013 !

A l’inverse, dans un autre secteur, dans la politique publique C « Action sociale », les diverses associations féminines – qui s’adressent d’abord aux femmes devrait-on dire – voient leur subventions diminuer de près de 3% en 2013 ! Solidarité femmes, Viol secours, SOS Femmes, Arabelle subissent des diminutions de subventions pour 52'869 francs alors que les besoins sont en hausse constante !

Le rapport sur la subvention accordée récemment à l’association F-Informations dans le cadre du PL10896 (http://www.ge.ch/grandconseil/data/texte/PL10896A.pdf), qui ne baisse pas dans le projet de budget 2013, est cependant édifiant à ce sujet (page 2) : « Ce suivi montre que, depuis plusieurs années, F-Information fait face à une augmentation constante des usagères, mais aussi à une complexification des cas, qui rend les prises en charge de plus en plus longues. Le taux global de fréquentation est passé de 6 770 prestations fournies en 2007 à plus de 7 600 en 2010. Une projection réaliste montre que l’on peut encore s’attendre à une progression de 25% d’ici 2015. ».

Dossiers plus nombreux, dossiers plus complexes… mais subvention constante !

Aux pages 3 à 5 du rapport, on peut aussi constater avec quelle condescendance certains députés, libéraux et UDC en particulier, considèrent cette association.

A la page 5, aussi ces précisions "M. Brunazzi [représentant du DSPE] indique que le département a clairement indiqué à F-Information, au vu des perspectives financières plutôt sombres, que cette dernière devrait adapter ses prestations en regard des charges de personnel supportables. […] Mme Golay [directrice du service pour la promotion de l’égalité entre homme et femme (DSPE)], ajoute que le temps moyen d’attente pour un rendez-vous est de 8 à 10 jours et qu’environ 200 demandes par an ne peuvent être traitées. Ces chiffres sont en hausse, raison pour laquelle F-Information recherche activement des financements de tiers, afin de pouvoir maintenir la qualité de ses prestations."

Demandes en attente, demandes non traitées… chiffres en hausse… Mais subvention constante… pas comme pour le Hockey sur glace...

Mais en réalité, d’autres politiques publiques font clairement l’objet de coupes et « d’économies » qui ont d’abord des conséquences sur la vie des femmes plus que sur celles des hommes. Je pense en particulier aux baisses de subvention faites dans les domaines de l’éducation (répétitoires de l’ARA, universités ouvrière et populaire de Genève, à l’Ecole des Parents, etc.), du handicap (Cérébral, Pro Mente Sana, Cap Loisirs, Parole, etc.), du social (associations féminines, Carrefour prison, API, Orangerie, etc.) ou de la promotion de la santé (Groupe sida Genève, Première Ligne, etc.).

Les femmes sont en effet plus présentes que les hommes dans les tâches d’éducation et d’assistance aux proches. Or les baisses de subventions finissent inévitablement par conduire certains bénéficiaires de prestations à y renoncer, soit pour des questions liées à l’évolution à la baisse, même insidieusement, des prestations (changement d’horaires par exemple), soit pour des questions de coûts (adaptation des tarifs pour palier à la diminution de subvention)… C’est donc les femmes qui subissent d’abord, par ricochet au niveau familial, les conséquences de ces coupes.

Et les femmes étant aussi davantage victimes que les hommes de précarité professionnelle, mauvais traitements, violences, agressions - et ce n’est jamais les hommes qui subissent par exemple les conséquences directes des grossesses non désirées - ces baisses de subvention diminuent, même insidieusement, la qualité de l’accompagnement dont elles peuvent bénéficier quand elles doivent faire face à des difficultés personnelles.

Si je n’ai pas encore d’opinion définitive quant à la nécessité de mener les processus budgétaires prioritairement dans une analyse par genre, il n’empêche que les choix et coupes opérés par le Conseil d’Etat ou la majorité de droite du Grand Conseil rendent cette lecture aujourd’hui indispensable si l’on souhaite obtenir une véritable égalité hommes-femmes !

http://www.bas.ch/fr/journal-moneta/archives-de-moneta/ (numéro 2/2012, page 8)

moneta_2_2012.pdf

 

Liste des subventions du projet de budget 2013 et évolutions par rapport aux comptes 2011 et au budget 2012.

PB2013bis_VersionRD.pdf

 

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14:47 Publié dans Associations, Femmes, Formation, Général, Genève, Politique, Sports | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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