27/04/2013

Bouclier fiscal : aux Genevois de décider !

En politique, il faut parfois reculer pour mieux sauter : le canton de Genève manque aujourd'hui cruellement de moyens pour assumer des politiques sociale, environnementale - et même culturelle - dignes de ce nom : le nombre et la qualité des prestations baissent, les associations et la fonction publique sont à bout de souffle, le ras-le-bol est généralisé... Et les Genevoises et Genevois ne sont pas contents ! A raison ! L'opulence de la Cité n'est plus partagée comme elle devrait l'être.


Prétendre faire des "coupes", des "économies" comme le demandent le PLR, le PDC, l’UDC et le MCG pour pousser Genève dans la voie de la tiers-mondialisation néolibérale n'est pas le choix des Socialistes : nous voulons maintenir des prestations publiques de qualité, en nombre suffisant, intelligemment organisées et structurées, des associations dynamiques, vives et inventives et, bien entendu, conserver un rayonnement intellectuel et culturel digne d'une Cité éclairée !

Nous sommes également convaincus que si l’Etat peut et doit encore gagner en efficacité, ce n’est pas en commençant par lui réduire ses moyens que l’objectif sera atteint : la politique PLR-PDC-UDC-MCG revient à demander à votre employeur de réduire votre salaire au prétexte que vous voulez rembourser plus rapidement vos dettes…

Le budget cantonal 2013 voté jeudi 25 avril au Grand Conseil est un constat d'échec : il n'apporte aucun moyen supplémentaire au secteur associatif, voire il les diminue (y compris sous l’impulsion du Conseil d’Etat, en particulier d’Isabel Rochat dans les secteurs du social, des personnes âgées et du handicap); il consacre une orientation politique sécuritaire et répressive - à la Sarkozy - en termes d'investissements; il ne reconnaît pas la nécessité de disposer de moyens supplémentaires, notamment en revenant sur les effets excessifs de la baisse d'impôts de 2009 qui coûte 400 millions de francs par an à notre canton.

Mais la seule alternative plausible compte tenu du rapport de force politique était pire : le vote d’un budget équilibré, déficit zéro, le PLR votant avec l’UDC et le MCG cette proposition comme lors du 2ème débat budgétaire et dont la mise en œuvre ne s’accompagne pas de fioritures, les dépenses étant coupées linéairement – mais seulement là où elles peuvent l’être (il n’est par exemple pas possible de diminuer les montants des loyers payés par l’Etat ni ceux à verser à la Confédération dans le cadre de la RPT) - sans aucune priorisation.

Les Socialistes ont essayé de faire reconnaître le besoin de recettes supplémentaires en déposant plusieurs projets de loi et, dans le cadre du débat budgétaire, ont demandé la suspension du "bouclier fiscal", cette protection des grandes fortunes qui coûte 40 millions de francs par an au canton, 40 millions qui manquent aux associations, à la fonction publique, aux investissements.

Notre proposition est légitime pour toutes celles et tous ceux qui n'ont pas les moyens de se payer des services privés pour gérer les aléas de leur vie quotidienne, n'a pas eu les faveurs d'une majorité du Grand Conseil; elle a même été prise en otage, instrumentalisée, par le PLR - qui passait d’un soutien en Commission des finances à un déficit de 100 millions de francs à la position maximaliste du déficit 0 au prétexte de l’annonce d’une discussion sur ce le bouclier fiscal - et le MCG – qui donnait son soutien à la discussion sur le bouclier fiscal pour faire changer d’avis le PLR - dans une surenchère démagogique et intellectuellement absurde (car l'écart entre le budget et les comptes d'une année dépasse régulièrement les 300 millions de francs et que les effets de la baisse d'impôts sur un déficit ne peuvent être ignorés) et visant à voter un budget 2013 avec un "déficit zéro" et dont la seule "méthodologie" consistait à procéder à des coupes linéaires, coupant autant dans la santé que l'éducation, autant dans l'aide aux handicapés que la sécurité, autant dans la petite enfance que la culture.

Fort de ce constat et avant même cette dernière semaine de tractations budgétaires à la mise en scène digne du théâtre de boulevard, le Parti socialiste genevois a exprimé son intention de ne pas laisser tomber les Genevoises et Genevois et de ne pas accepter cette prise d'otage.

Jeudi dernier, nous pensons avoir choisi la voie de la sagesse en évitant un budget à déficit zéro car il impliquait des coupes supplémentaires de postes au sein de la fonction publique (240 postes d'enseignants en moins à la rentrée scolaire 2013-2014, des prestations encore réduites à la population, y compris lors de démarches administratives aujourd’hui déjà fastidieuses) et des baisses supplémentaires de subventions à des associations mises sous pression depuis déjà plusieurs années, parfois au-delà du bon sens – je pense en particulier aux baisses ou au gel de subventions aux associations féminines, qui accordent écoute, assistance et conseils aux femmes qui connaissent des situations difficiles ou tout simplement dramatiques (violences conjugales, pensions non versées, etc.).

Mais il n’est donc pas étonnant que, compte tenu de la composition du parlement et du refus programmé de sa majorité de droite de soumettre la question du bouclier fiscal au peuple en acceptant notre projet de loi, le parti socialiste genevois ait pris une décision de principe de lancer rapidement une initiative pour abolir le bouclier fiscal.

Car il faut être clair.

Soit la situation financière de Genève est aujourd’hui réellement dramatique et toutes les pistes, économies MAIS AUSSI nouvelles recettes, y compris fiscales, DOIVENT être étudiées.

Soit la gravité proclamée n’est que simulacre et mensonge et il n’y a aucune raison d’entrer dans cette spirale infernale de baisse des prestations publiques, en ignorant les besoins de la population qui subit pourtant à la fois la crise économique qui touche plus particulièrement les personnes peu ou pas qualifiées et les effets de la spéculation immobilière entretenue par le dynamisme du secteur international genevois.

Alors que toute proposition de modification de l’assiette fiscale est pourtant automatiquement soumise au peuple, le PLR, le PDC, l’UDC et le MCG n’ont pas voulu poser la question de la recherche de nouvelles recettes fiscales aux Genevoises et Genevois, ce qui aurait pourtant été le cas si le parlement avait voté notre projet de loi.

A partir du moment où la voie parlementaire n’offre aucune possibilité, que le PLR, le PDC, l’UDC et le MCG se comportent de façon infantile en instrumentalisant le projet de loi socialiste, et il est bien clair que nous, Socialistes, n’avions d’autre choix que d’envisager de poser la question directement à la population en récoltant des signatures par une initiative.

J’invite toutes les Genevoises et les Genevois qui bénéficient de prestations publiques, école, université, crèche, transports publics, services sociaux, hôpitaux, etc. à se poser la question : estiment-ils que ces prestations sont aujourd’hui correctement assurées et qu’elles disposent des moyens suffisants pour répondre aux exigences de qualité et de quantité auxquelles nous sommes habitués ?

J’invite aussi les fonctionnaires, administratifs ou enseignants, à se poser la même question : ont-ils les moyens d’exercer correctement leurs missions et sont-ils satisfaits de la façon dont ils sont traités par leur hiérarchie, par l’actuel Conseil d’Etat, et par le Grand Conseil ?

J’invite les responsables, les membres, les bénévoles de toutes ces associations qui font la richesse humaine de Genève à se poser même question : ont-ils aujourd’hui des moyens suffisants pour répondre aux besoins des personnes qui recourent à leurs prestations ?

Si la réponse à ces questions est négative, même partiellement, il leur faudra clairement apporter leur soutien à la proposition des Socialistes d’abolir le bouclier fiscal, en l’exprimant publiquement. En signant l’initiative. Et en la défendant ensuite devant le peuple.

Je veux que Genève redevienne une ville qui partage sa richesse pour le bien de toutes et tous. L’abolition du bouclier fiscal y contribue. Car, de façon raisonnable et pragmatique, elle demande un tout petit effort supplémentaire à celles et ceux qui en ont réellement les moyens.

La cohésion sociale, ferment d’une société plus humaine et plus pacifique, passe par une meilleure répartition des richesses.

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Le-Parti-socialis...

09:54 Publié dans Associations, économie, Femmes, Général, Genève, politique | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

"Soit la gravité proclamée n’est que simulacre et mensonge"

Pourquoi en douter? avec +11 mia de dettes? depuis le temps que Genève en répercute de +en+.. à moins que votre parti n'ait vent de recettes cachées

David Hiler a pourtant parlé clair.
l'un des rares dont la parole est crédible en ce bas monde genevois.

bouclier ou pas: que ne dites vous un mot des exonérations fiscales accordées à tant de multis ?

Écrit par : Pierre à feu | 27/04/2013

Par la progression a froid et l'introduction de divers taxes (sac poubelle, vignette...) la fiscalité pèse déjà beaucoup trop sur les gens et l'économie, pas question de l'augmenter encore a moins de décider franchement de devenir la nouvelle urss.

Quant aux économies, par exemple la coupe linéaire de 2% qui scandalise tant les fonctionnaires du PS: comment peut on croire une seconde, quand on connait un peu le fonctionnement désastreux de l'état, qu'il n'est pas possible de fournir la même prestation avec 980 Frs au lieu de 1000 Frs ???

Écrit par : Eastwood | 27/04/2013

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