23/12/2014

Budget 2015 : la liberté d’expression des artistes menacée par le PLR. Qu’en pensent les banquiers privés genevois ?

A l’issue des débats du Grand Conseil relatifs au budget 2015, je ne peux m'empêcher de repenser à un vote qui est, pour moi, le plus emblématique du risque avéré de dérive totalitaire de la nouvelle majorité PLR-UDC-MCG du Grand Conseil genevois et que je trouve particulièrement grave.

Il concerne la coupe de 500'000 francs sur la subvention aux compagnies indépendantes.

C'est paradoxalement un vote perdu par cette majorité vendredi dernier 19 décembre en séance plénière, trois députés PLR ayant refusé de marcher au pas au moment du vote, mais qui avait été déposé par le PLR en commission des finances où il avait été adopté grâce au soutien des députés UDC et MCG.

Les arguments avancés, qui plus est avec ferveur, par le rapporteur de majorité PLR font réellement froid dans le dos.


Ce n'était pas contre la culture - ils ont d'ailleurs voté immédiatement dans la foulée une augmentation de 400'000 francs de la subvention au Grand Théâtre qu'ils avaient réduite à 100'000 francs en commission - mais contre la liberté d'expression des artistes car certains d'entre eux - pas forcément les mêmes, ni l’ensemble d’entre eux, mais si ce n'est toi, c'est donc ton frère… - s'étaient permis de prendre position contre les forfaits fiscaux.

Pour ce seul motif, les députés extrémistes MCG, UDC et, bien plus grave, la quasi-totalité des députés PLR ont voté la réduction drastique de la subvention aux artistes des compagnies indépendantes.

Il ne faut pas sous-estimer la portée inquiétante d’un tel vote car il menace directement la liberté d'expression des artistes. Comment peut-on, si on tient à la liberté, vouloir réprimer celle de ceux qui ne pensent pas forcément comme nous mais qui l’expriment pourtant dans le respect des règles du débat démocratique ?

A l'inverse, ce vote signifie aussi qu'il devrait y avoir une culture officielle, aux ordres de la majorité politique et de ses idées. C'est donc le retour de la censure, la fin de la liberté d'expression culturelle et le retour de la propagande officielle du régime que veulent ces députés PLR-UDC et MCG.

On peut penser qu'ils n'ont rien appris de l'histoire. Mais le pire est qu'en réalité la grande majorité d'entre eux l'ont justement fait en toute connaissance de cause.

Ça fait froid dans le dos.

Je m’inquiète également que le rapporteur de majorité PLR se permette de mettre en cause les activités professionnelles des artistes – et donc leur gagne-pain – au prétexte de l’activité citoyenne de certains d’entre eux, sans être capable d’un minimum de discernement entre les compétences professionnelles reconnues comme telles et la liberté d’expression.

Ce député PLR est d’ailleurs un multirécidiviste en la matière. Lors des dernières années, il a déjà maintes fois exprimé au Grand Conseil sa volonté de brimer, casser, tuer les activités menées par des professionnels compétents et reconnus, en particulier dans le monde associatif, au prétexte de leurs engagements politiques supposés qui seraient éloignés des siens. Cette façon de procéder est pour moi indigne d’un député, notamment parce que la Constitution genevoise est censée garantir et même encourager la liberté associative[1] mais malheureusement il se trouve une majorité au sein du Grand Conseil genevois pour cautionner ces pratiques.

Mais il y aussi autre chose. Comme ce député rapporteur PLR ne se gêne pas pour faire l’amalgame entre activité professionnelle et engagement citoyen lorsque cela lui déplaît, y compris en menaçant l’emploi de personnes déjà particulièrement précarisées lorsqu’il s’agit d’artistes de compagnies indépendantes, je crois qu’il faut alors aussi évoquer QUI est ce monsieur qui mène le bal contre la liberté d’expression des artistes et des associations à Genève.

Il s’agit du député PLR Edouard Cuendet qui, au niveau professionnel, est le directeur de la Fondation Genève Place Financière, une fondation qui représente les milieux bancaires genevois et en particulier les banquiers privés.

Or, en adoptant l’inquiétant point de vue rhétorique du député rapporteur de majorité PLR Edouard Cuendet, on pourrait se demander si, lorsqu’il prend des positions pour la censure et contre la culture indépendante et les artistes à Genève, il n’exprime pas également la position de son employeur et des banquiers privés genevois en particulier ?

Je dois dire que je trouverais cela assez surprenant. Je ne partage certainement pas les mêmes valeurs que nombre de banquiers privés genevois mais je dois dire qu’ils m’avaient jusqu’ici plutôt impressionné par leur engagement constant et sans faille en faveur de la création artistique à Genève.

J’ose donc espérer que les banquiers privés et la Fondation Genève Place Financière ne partagent pas le même point de vue et ne sont pas aujourd’hui en faveur de la censure, de la fin de la liberté d’expression culturelle, et partisans d’une culture officielle étatique.

Mais, compte tenu du lien direct que ce député rapporteur PLR, qui est aussi l'employé de la Fondation Genève Place Financière, fait lors des débats au Grand Conseil entre activités professionnelles et engagement citoyen lorsqu’il s’agit d’artistes, il serait peut-être bon que des banquiers privés s’expriment. Pour que les artistes puissent connaître le sort que l’on veut peut-être leur faire connaître à Genève au XXIème siècle, d’autant plus qu’une nouvelle majorité liberticide PLR-UDC-MCG a vu le jour au Grand Conseil à l’occasion de ce budget 2015. 

Je pense aussi que les milieux culturels genevois et suisses devraient se préoccuper sans tarder de cette grave menace sur la liberté d’expression que fait peser le vote des députés PLR-UDC-MCG contre les compagnies indépendantes, en lançant une pétition en faveur de leur liberté d'expression aujourd'hui menacée à Genève.



[1] Art. 31 Liberté d’association
La liberté d’association est garantie.

Art. 211 Associations et bénévolat
1 L’Etat reconnaît et soutient le rôle des associations et du bénévolat dans la vie collective.
2 Il respecte l’autonomie des associations.
3 Il peut nouer des partenariats pour des activités d’intérêt général.

10:03 Publié dans Associations, Culture, Economie, Général, Genève, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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