25/06/2015

Le vélo, ce mal-aimé, méprisé et oublié. A longueur d'année.

A Genève, chez Luc Barthassat au niveau cantonal mais aussi chez Rémy Pagani au niveau de la Ville de Genève, et comme dans d’autres communes, le vélo est toujours systématiquement oublié et mis de côté. Ou mis « après » tous les autres modes de déplacement.

Ce n’est pas nouveau en réalité, j’aurais pu écrire ce blog il y a 10 ans, il y a 5 ans ou il y a 6 mois… car rien ne change fondamentalement, malgré quelques lueurs d’espoir en la matière de-ci, de-là au fil des années... mais sans progrès majeurs en réalité.

Pas (forcément) qu'on soit officiellement contre le vélo (en tout cas dans les discours, surtout qu'il fait toujours bien quand on parle de développement durable) mais, concrètement, dans la réalité des faits, on l'oublie, on le met de côté et, quelque part, on s'en fiche complètement dirait-on.


Je prends ici quelques exemples illustrés récents, qui viendront s'ajouter aux autres naufrages connus, comme l'absence de volonté politique du Conseil d'Etat de mettre en oeuvre l'IN-144 sur la mobilité douce, piétons et vélos, et alors même que ce Conseil d’Etat dépense presque sans compter pour une hypothétique traversée du lac qu’on voudrait anticiper sur les projets fédéraux (et que les finances cantonales ressemblent plus à la coque du Titanic après avoir croisé un iceberg qu’au coffre-fort d’une banque suisse appréciée de quelques potentats en mal de discrétion au bon vieux temps du secret bancaire) ; ou comme la débâcle du Conseil administratif de la Ville en matière de réalisation d'une "passerelle cyclistes" sur le Pont du Mont-Blanc.

Ou encore comme le manque chronique de places vélos d’un bout à l’autre de la ville, en particulier à proximité des bâtiments publics, salles de spectacles, gares, etc…. malgré le soutien, il y a quelques années, tant par le Conseil municipal de la Ville que le Grand Conseil, à une pétition de Provélo demandant davantage de places de stationnement pour les vélos… L’Hôtel-de-Ville, sous les fenêtres du Conseil d’Etat et à quelques dizaines de mètres des bureaux du magistrat municipal en charge de cette problématique, où la situation n’a pas évolué positivement depuis des années, en est une triste illustration emblématique.

Mais voyons ces exemples concrets :

- Fête de la musique à l'Hôtel-de-Ville. Très bien, cool. Espace 2 s'installe sous les canons. Bonne idée. Mais pour cela, que fait-on ? On enlève les arceaux, on vire les places vélos déjà en nombre insuffisant à côté de l'hôtel-de-ville. Pour y mettre un bus de régie. Ok, très bien, c'est l'endroit le plus pratique peut-être à proximité. Mais on ne propose pas de places vélos de remplacement ! Toutes les places motos et scooters sont maintenues. Mais les vélos, hop !, ils disparaissent !

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... Lundi en fin de journée, fête de la musique terminée, tout est remballé et rangé. Mais les arceaux ne sont pas encore remis en place. On a le temps de tout ranger, tout remettre en place. Mais pas de remettre les arceaux qui garantissent vaguement les places vélos contre un surcroît d’invasion par les motos et scooters...

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Maintenant les arceaux ont été remis en place… mais, si ça se trouve, d’avoir interpellé directement le Conseiller administratif dans un statut Facebook à ce sujet, y a contribué…

- Chantiers. C'est pas compliqué. Quand un chantier démarre à Genève, on se préoccupe des voitures en essayant de maintenir leur passage, des TPG tant bien que mal, vaguement des piétons, au moins avec un panneau. Mais, hop !, les vélos qui avaient une piste cyclable, censée leur garantir un minimum de sécurité, volent certainement et comme par enchantement jusque de l'autre côté du chantier car les aménagements disparaissent sans crier gare ni surtout de propositions d'itinéraires alternatifs sécurisés ! Route des Jeunes direction P+R Étoile en venant de la Praille, maternité au Boulevard de la Cluse, c'est du pareil au même : tu arrives à vélo sur le chantier ? Tu disparais ! Hop ! C’est magique !

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Quant à l'entretien des pistes cyclables, même dans des endroits "sensibles" où de nombreux fêtards pas toujours tous intellectuellement très développés se réunissent, comme aux alentours du Bypass, où on retrouve régulièrement les pistes cyclables recouvertes de bris de verre de bouteilles, il est notoirement insuffisant, calamiteux même, et considéré sans doute comme une sorte de luxe et de privilège exceptionnel qu'on accorderait aux cyclistes. Ici, les bris de verre ont été photographiés vers les Ports Francs dimanche matin mais lundi soir, les bris de verre n'avaient toujours pas été nettoyés... sans doute dans l'idée réitérée que les cyclistes peuvent si nécessaire voler par-dessus les bris de verre…

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Cet état de fait est assez décourageant.

Il convient certes à la doctrine de quelques élus ras du bulbe qui considèrent les cyclistes et le vélo comme des obstacles - ou des provocations - au progrès que constituent les embouteillages automobiles.

Mais il ne correspond pas à la nécessité de trouver des solutions durables au chaos créé par l'excès automobile à Genève : pourtant, quand un automobiliste daigne abandonner les quatre roues de son palais de métal et de pétrole pour les deux pédales de la frêle petite reine, il libère de l'espace pour les autres automobilistes et contribue ainsi à fluidifier le trafic.

Et le petit effort physique qu'il devra dorénavant faire sera, s'il ne risque pas sa vie à chaque chantier croisé ou aux abords de chaque discothèque, bénéfique pour sa santé, dans notre monde où la sédentarité est justement excessive et où l’effort physique est recommandé.

Ainsi, en améliorant les conditions qui permettent de faire du vélo en sécurité à Genève, avec un sérieux et une volonté qui manquent aujourd'hui tant chez Luc Barthassat que chez Rémy Pagani, tout le monde serait gagnant. Les cyclistes bien entendu. Mais aussi, en cascade, les automobilistes qui seront un peu moins nombreux sur les routes et rouleront donc mieux, les piétons qui seront moins souvent incommodés par des cyclistes roulant sur des trottoirs, et les usagers  des transports publics qui perdront moins de temps à attendre pour rien si le trafic est un peu plus fluide.

Il serait temps de le comprendre à Genève. Et d’encourager enfin sérieusement le vélo par des aménagements continus, mieux entretenus et réellement sécurisés. Il faut en faire une priorité politique.

Ce « changement des mentalités », que j’attends désespérément depuis plus de 20 ans à Genève - et qui semble même s’éloigner à la vitesse grand V quand on voit les choix faits en matière de mobilité depuis le début de cette nouvelle législature cantonale - se fait toujours attendre.

Je pense donc que les cyclistes doivent aujourd'hui exprimer plus clairement leur ras-le-bol face à ce manque de considération et d'attention, en écrivant aux magistrats cantonaux et communaux, en faisant des pétitions : il n'y a rien qui justifie de traiter les cyclistes avec si peu d'égards à Genève.

Et, à terme, une autre manière concrète de favoriser une meilleure prise en charge des besoins des cyclistes urbains et surtout d’encourager celles et ceux qui le peuvent à prendre le vélo plutôt qu’une voiture ou un scooter, est de signer l’initiative vélo lancée au niveau fédéral par ProVélo Suisse et d’autres organisations telles que l’ATE, le WWF et actif-TrafiC ou Mobilité piétonne, pour améliorer la reconnaissance des besoins des cyclistes… 

http://www.initiative-velo.ch/participer/signer-linitiati...

Commentaires

Je roule aussi quotidiennement à vélo depuis l'âge de 8 ans. Il y a bien des pistes cyclables signalées par un marquage. Elles sont systématiquement encombrées par voitures et motos. Quant à la traversée du Pont du Mt-Blanc, bof...

Écrit par : Marco Polli | 25/06/2015

moi aussi, je n'ai jamais utilisé de voiture à Genève et je vis sans tout en habitant à 15 km du centre ville, Genève fait piètre figure en matière de mobilité douce, c'est honteux de voir à quel point le lobby pro voiture continue à régner avec arrogance. Hier encore sur les pistes cyclables du centre, des motos et des scooters en priorité sue lesdites pistes. Aujourd'hui ce sont les politiques qui ont les cartes en main, le peuple a déjà exprimé son avis. Alors de qui se moque-t-on ?pourquoi tant de mollesse ? tant de laxisme de la part des autorités pour verbaliser les motos et les scooters qui n'ont aucun droit d'empiéter sur le territoire déjà bien encombré des personnes qui ont pris la décision sage et courageuse de ne pas augmenter le taux de monoxide de carbone et de connerie dans leur lieu de vie et de résidence. Arrêtons les abus, appliquons les lois et surtout réveillons les consciences. Unissons-nous, je suis d'avis qu'il faut agri au plus vite.

Écrit par : ysée | 25/06/2015

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