01/09/2015

Elections nationales : to be or not to be a savonnette…

Elections nationales 2015. Carnet de campagne. Mardi 1er septembre 2015.

Suis-je une savonnette rose et parfumée en forme d'éléphant ?

Suis-je une savonnette ?
Est-ce que je sens la rose (socialiste) ?
Suis-je gris comme un éléphant (socialiste) ?
Suis-je blanc (parce que j'habite en Suisse) ?
Suis-je noir (parce que je suis né au Niger) ?
Est-ce que j'aime les frites (parce que mon père était belge) ?
Est-ce que j'aime les forêts suisses (parce que mon grand-père était paysan et garde-forestier) ?

… Député au Grand Conseil genevois depuis 2003, candidat cette année au Conseil national sur la liste n°3 des Socialistes, exactement vingt ans après une première[1] candidature nationale "de porteur d'eau" sur une liste socialiste "Hommes" qui m'avait apporté le grand plaisir de voir Jean Ziegler et Nils de Dardel élus, en plus de Liliane Maury Pasquier et Maria Roth Bernasconi élues sur la liste "Socialiste femmes" et Christiane Brunner élue au Conseil des Etats, je me pose toutes ces questions après avoir – "enfin !" – répondu au questionnaire de l'incontournable Smartvote ainsi qu'à d'autres questionnaires destinés à "profiler" les candidat-e-s et qui me rappellent ces examens d'uni - absurdes selon moi - sous forme de QCM...

Suis-je réellement un "smartspider" tel que Smartvote me "représente" ? Je ne le pense certainement pas...

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Le déterminisme de ces questions me fait douter de ma qualité d'être humain : ne serais-je pas en réalité une savonnette ? Dont on peut rationnellement énumérer les caractéristiques ? Le poids, la taille, le parfum, la couleur, etc. ? Pour satisfaire le client électeur, la cliente électrice ?

Avec des valeurs, mais aussi des interrogations, des doutes même, des coups de cœur parfois totalement irrationnels, des rages qui peuvent l'être tout autant (mais de loin pas toujours !), un savoir politique, une culture parlementaire, une expérience personnelle, professionnelle, affective, familiale, sociale, etc., etc., je me demande si je suis réellement fait pour être un candidat qui se sent d'abord "humain" : je suis un homme, avec un vécu et des convictions, très fortes, mais, surtout, aussi des réflexions propres, personnelles, des remises en question quant aux pesées d'intérêts qui mènent à trouver des solutions dans un monde complexe, qu'elles soient les "moins mauvaises" ou réellement les "meilleures"…

Et je me nourris aussi sans cesse de ce que je lis et entends, de ce que disent les spécialistes, mais aussi de ceux qui pensent "différemment", loin des dogmes, loin des idées reçues, convaincu que rien n'est jamais facile. Et qu'un mensonge, même proféré par des millions de personnes, ne devient jamais une vérité...

Alors, avec Smartvote, j'ai l'impression que je ne peux plus dire "Je pense donc je suis" mais "Je coche donc je plais".

... Comme une nouvelle savonnette grise parfumée à la rose inventée par les as du marketing… Et j'entends encore siffler dans mes oreilles le commentaire d'un de mes amis députés m'annonçant, catastrophé, jeudi dernier au Grand Conseil "Mais Roger, qu'est-ce que tu fais !!?? Tu n'es que 14ème dans mon Smartvote !!??".

Eh oui… j'ai osé quelques nuances… et j'en suis assez content car je n'aime pas ces questions tellement caricaturales, genre (je cite de mémoire) "faut-il que la Suisse formule une demande d'adhésion à l'Union Européenne dans les 4 prochaines années?". Je répondrais "non" que Smartvote me profilerait sans doute comme étant contre l'Europe, contre l'ouverture alors que c'est bien plutôt l'inverse qui me motive… Je pense en effet que l'Europe doit surtout d'abord entamer une profonde réforme, qui fait passer les enjeux sociaux et écologiques avant le libéralisme économique débridé… et que tant que l'Europe ne sait pas mieux où elle va et ne va pas, il est impossible qu'elle envisage d'accueillir de nouveaux membres, fussent-ils Suisses… mais qui lira les commentaires, les notices d'emballage, quand il ira faire son marché aux savonnettes ?

Le paradoxe est aussi que je suis une savonnette électorale qui parle… enfin… qui pourrait parler…

La RTS - à la TV mais aussi à la radio sur La Première, que j'écoute souvent et que j'appelle, par dépit, #PLRLaPremière en raison de son affinité avec l'idéologie et les élu-e-s de droite, du PDC à l'UDC en passant par ce qui leur semble sans doute la "bonne moyenne de droite idéale", le PLR, dans ses émissions d'information, - a sélectionné elle-même ses candidat-e-s pour ses émissions parlant des élections nationales, passant outre les propositions faites par les partis. Elle me fait finalement aussi penser que je ne suis qu'une savonnette: pour pouvoir parler, il faut souvent correspondre, à l'avance, au "bon profil". Je l'ai déjà vécu plusieurs fois et c'est assez curieux : on ne veut pas vous entendre parce que vous avez des choses à dire ou que vous connaissez une problématique, mais parce que vous êtes, du seul avis du média, la bonne savonnette au bon moment pour répéter ce que le média a envie d'entendre…

Alors, dans ce supermarché de savonnettes électorales, je me demande où et quand nous parlons de politique, vraiment de politique, de perspectives, d'avenir, de choix et de modèle de société, de valeurs…

Et en ce qui me concerne, je crois justement beaucoup plus aux actes qu'aux discours.

Tout le monde peut se dire écolo, même s'il roule toute la semaine en 4x4 pour aller faire ses courses à 2km de chez lui ou qu'il part tous les mois avec Easyjet pour un petit week-end à l'autre bout de l'Europe… Tout le monde peut affirmer avoir des préoccupations sociales et être inquiet du sort des personnes défavorisées ou des aînés, même s'il vote ensuite des coupes dans les budgets des prestations sociales, des crèches ou des aînés… et des baisses d'impôts pour les plus riches…

C'est pourquoi, dans cette élection comme dans d'autres, je pense qu'il est important de voir, au-delà de la couleur et de l'odeur de la savonnette, de la coupe de cheveux et de la couleur du costume ou de la chemise, qui sont réellement les candidat-e-s : qu'ont-ils concrètement déjà défendus ? Quels ont été leurs combats, leurs victoires, leurs défaites ?

Pour des élu-e-s nationaux, compte tenu des enjeux actuels et futurs de la Suisse, ces questions me semblent encore plus essentielles, sauf à vouloir aussi transformer le parlement en rayonnage de savonnettes dociles ou muettes… Lisez, écoutez, renseignez-vous, trouvez surtout les actes, pour les comparer aux discours… Et ensuite seulement faites vos choix !



[1] http://www.ge.ch/elections/19951022/res_cn_commune.asp?nolocal=0

11:24 Publié dans Général, Genève, Médias, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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