16/10/2015

Genève. L'ère de la consultation citoyenne est bientôt terminée. Dommage.

Grand Conseil. Je n'ai aucun dogme particulier en matière de "commissions officielles". Pour moi, elles peuvent naître et mourir, en fonction des problèmes qui se posent dans notre République.

Mais, bien utilisées, elles sont des instruments de consultation de la population et surtout des personnes concernées par telle ou telle problématique qui sont bien plus valables et pertinentes que les sondages lancés à la va-vite sur Internet. Car ces commissions permettent aussi à des personnes qui s'engagent, très souvent bénévolement, car elles ne dépendent pas des lobbies économiques liés aux grandes entreprises, de faire valoir leurs positions et leurs arguments quand des lois devraient être modifiées ou des problèmes abordés. Car l'argent n'est, et de loin !, pas le seul critère qui compte.


Lorsqu'elles sont bien conçues et reconnues par le pouvoir politique, ces commissions permettent d'anticiper les problèmes et de donner des réponses plus proches de la réalité du terrain, ce qui permet ensuite au politique, à l'exécutif puis au parlement, de légitimer ses choix avec des arguments et des faits plutôt qu'avec des dogmes, des préjugés et des idées reçues plus proches du café du commerce que du travail d'expertise.

Mais, le Conseiller d'Etat Longchamp l'a encore répété ce jeudi soir, pour l'exécutif cantonal actuel, ces commissions sont trop nombreuses, trop chères et souvent inutiles car elles ne se réunissent pas.

A mon avis cette vision des choses est totalement erronée.

L'argument de l'inutilité est un pur syllogisme, que je n'ai pas eu le temps de bien formuler lors des 30 secondes de temps parole dont je disposais. Mais en l'occurrence, prétendre qu'elles sont inutiles parce qu'elles ne se réunissent pas (M. Longchamp a évoqué une commission qui ne s'était pas réunie depuis 5 ans) impliquent en réalité que le Conseil d'Etat ne souhaite pas les réunir car elles seraient inutiles... en réalité, cela ne fait que prouver le manque d'intérêt de l'exécutif cantonal actuel pour les processus de consultation citoyenne... sans soute parce qu'on est si bien en présence d'experts qu'on paye pour qu'ils confirment ce qu'on pensait déjà...

Une majorité de droite conservatrice a donc, sans état d'âme, suivi la position du Conseil d'Etat, notamment au nom d'économies qui seraient faites sans conséquence.

Une fois de plus, et même si le monde ne s'effondrera évidemment pas après cette décision, seuls les naïfs croiront que ce choix n'a pas de conséquence.

La réalité du monde associatif genevois prouve en effet clairement que cette décision se fait au détriment des structures bénévoles car ces commissions officielles, lorsqu'elles se réunissaient, étaient rémunérées pour permettre potentiellement à chacun, et pas qu'aux lobbyistes payés pour ça, de s'impliquer, ne serait-ce qu'en heures de préparation et de participation, dans les discussions relatives à des problèmes parfois épineux.

Mais, manifestement, discuter avec des bénévoles engagés plutôt qu'avec des lobbyistes payés pour le job est devenu trop problématique pour une majorité de politiciens de droite. D'ailleurs, au fond, pourquoi même discuter quand on pense tout savoir mieux que tout le monde ? Alors. même si la question ne se pose que tous les 5 ans, il est plus simple de décréter l'inutilité du groupe qui se réunit tous les 5 ans plutôt que de simplement attendre que la nécessité de se réunir ne se présente.

Je dois dire que je suis allergique à cette vision de voir les choses.

Une commission peut bien dormir un siècle si elle doit traiter d'un problème qui ne pourrait avoir lieu qu'une fois par siècle. Ce qui compte, c'est que la commission soit nommée, que les personnes prennent un peu de temps au début des législatures pour mieux se connaître et qu'elle soit ensuite capable de se réunir si la nécessité est là. Et si elle ne se réunit pas, où est le problème ? Nulle part en réalité.

Quant aux coûts, soyons sérieux : sans réunions, les coûts sont proches de zéro, lorsqu'il y a des réunions, il y a des coûts mais qui ont justement pour but d'éviter d'autres problèmes ultérieurs engendrant des coûts : recours, référendums, etc. Les économies ne sont donc qu'une illusion d'optique à court terme, mais qui correspond parfaitement à la stratégie du néant qui sert de vision au Conseil d'Etat actuel : dialoguer, concerter, réfléchir ensemble, proposer plutôt qu'imposer sont devenus des concepts désuets.

Et, comme dans le projet de budget 2016, il faut dorénavant donner l'impression qu'on en impose, qu'on sait, qu'on tranche, tout seul comme une grand dans sa tour d'ivoire Baudet... même si on est totalement à côté de la plaque.

Dommage, non ?

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