28/11/2016

Laïcité et Causes communes ? Cause perdue ! (CQFD)

Le dernier numéro (42) de Causes communes, la revue du Parti Socialiste de la Ville de Genève, était consacré à un sujet qui est loin d'être simple et que, du coup, j'attendais avec une certaine appréhension : il était consacré à la laïcité.

Une certaine appréhension car il est clair que le débat sur la laïcité couvre un champ particulièrement large, de la "simple" nécessité de définir un cadre commun – des règles du jeu – à l'ensemble des acteurs religieux présents sur le territoire à la volonté affichée par certains de lutter dans le même temps contre les diverses formes de prosélytisme ou les signes extérieurs de croyance religieuse dans le domaine public. Voire des questions relatives à la liberté – ou la nécessité - de pouvoir se moquer des diverses croyances et divinités. Ou aussi de la possible nécessité simultanée de lutter contre le retour du fait religieux dans toutes les strates de nos sociétés.


Une certaine appréhension aussi car, ne nous voilons pas la face, les communautés religieuses représentent un fonds de commerce électoral non négligeable, de l'Inde au Brésil, en passant par les Etats-Unis, la France ou bien entendu la Suisse : quand on est candidat, mieux vaut avoir les croyants, les fans de Dieu, de tous les dieux même si possible, de son côté que contre soi.

Ainsi, comme Socialiste, j'attendais ce journal en espérant qu'il aborderait aussi les questions dérangeantes pour les croyants et pour les Socialistes, ces paradoxes même peut-être, et pas seulement des aspects relatifs aux "règles du jeu" et à la tolérance envers des pratiques religieuses nouvelles ou différentes présentes sur notre territoire.

Ma déception, à la lecture de ce numéro, fut totale. Pas que le journal ait été inintéressant, bien au contraire.

Mais il laissait dans l'ombre une bonne part des questions que j'évoque ci-dessous et que les Socialistes doivent, à mon avis, aussi se poser quand ils souhaitent aborder la question de la laïcité à Genève, en Suisse, en Europe occidentale, au XXIème siècle.

J'étais donc déçu, il manquait, pour moi, des réflexions sur bon nombre de ces sujets. Sans compter que j'étais assez perplexe face à un amalgame curieux, celui d'une confusion entre la place de l'Islam, religion, et la place de l'Islam, culture, celles accordée à des personnes originaires de régions ou pays de culture islamique.

Sur Facebook, j'ai rapidement exprimé mon désarroi car je tenais aussi à ce qu'on sache que tous les Socialistes ne partageaient pas forcément le contenu de ce journal. Et, vous me connaissez peut-être, je l'ai fait avec une certaine ironie et quelques raccourcis, car ma vie – et surtout mon activité parlementaire actuelle – n'est de loin pas – et heureusement – focalisée sur ces questions, ni surtout sur les réponses, loin d'être simples, à y donner : je n'en ai pas le temps ! Il n'empêche.

S'agissant d'un journal socialiste, celui de la Ville de Genève, j'ai aussi pensé qu'il était peut-être opportun de susciter le débat sur cette épineuse question, et que les lecteurs de ladite revue soient aussi informés de mon malaise car je ne devais certainement pas être le seul socialiste à le ressentir (enfin : je l'espère…). J'ai ainsi transmis ce statut Facebook en demandant qu'il soit publié comme "lettre de lecteur" dans le prochain numéro de cette éminente revue. Sans le reformuler, sans nuancer ses formulations, en gardant son caractère – volontairement – un peu provocateur… pour susciter le débat.

C'est donc avec une surprise somme toute relative – car venant des responsables d'un journal prônant la nécessité de la tolérance religieuse envers des croyances religieuses différentes… – que j'ai appris vendredi dernier que les responsables de Causes communes refusaient de publier dans leur revue ma "lettre de lecteur"…

Je suis donc purement et simplement censuré par le journal socialiste de la Ville de Genève, Causes communes, pour avoir osé émettre un commentaire qu'ils trouvent manifestement trop critique, ou pas dans les formes, ou mélangeant la question de l'athéisme et celle de la laïcité…

Ben voyons ! Je n'ai rien compris ! C'est parce que je suis à côté de la plaque qu'on ne peut pas me laisser la parole !

Dois-je en déduire que cette censure illustre aussi les limites à la tolérance religieuse prônée pourtant tout au long des pages de ce journal ? Les croyants parlent aux croyants. Les autres écoutent et se taisent ?

Remarquez, le plus farce est encore arrivé vendredi dernier : alors que j'annonçais sur Facebook cette décision surprenante des responsables de Causes communes et que plusieurs de mes "amis" s'en étonnaient, un des responsables de Causes communes a, de lui-même et sans même me demander mon avis, republié - mais dans Causes communes donc... - mon propre statut Facebook de l'époque en commentaire à mon statut de vendredi…

En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'avec une telle conception de la liberté de critiquer leur vision de la laïcité, qui ne doit donc pas être connue de leurs propres lecteurs, et indépendamment de la qualité de ma contribution qui, de mon point de vue, doit justement être jugée par les lecteurs et pas par les censeurs, il n'y a même plus besoin de craindre le retour du Grand Inquisiteur… il est déjà, en rose, parmi nous… Et ma religion à ce sujet est donc faite : ce n'est pas du tout rassurant !

 

PS : Pour info, ci-dessous, le statut Facebook que je souhaitais voir publier comme lettre de lecteur dans le n°43 de la revue Causes communes... et que les responsables refusent de publier :

Laïque ton Père !

A la lecture, certes pas encore exhaustive (mais je ne suis même plus certain que cela en vaille la peine), du dernier journal Causes communes du PS Ville de Genève sur la laïcité, je dois dire que je suis très très déçu.

Il y a une confusion permanente et, me semble-t-il, volontairement entretenue entre la question de la tolérance culturelle, à laquelle j'adhère tant qu'un certain nombre de droits fondamentaux - et en particulier les droits des femmes et encore plus particulièrement des jeunes filles - sont strictement respectés et la question de la tolérance cultuelle et religieuse à laquelle je n'adhère pas du tout tant qu'on n'y met pas aussi et d'abord la question de la nécessité de lutter contre l'escroquerie intellectuelle intrinsèque des religions et les méfaits passés, présents et futurs de leurs clergés.

Or il n'y a pas un mot sur cette question de la nécessité - ou non - de lutter contre les méfaits du religieux pour admettre des formes certes pragmatiques mais aussi d'abord potentiellement dangereuses de la laïcité tolérante.

A l'inverse, ce journal semble baigner dans une douce atmosphère de promotion du religieux au prétexte que la foi serait aussi pour certains un moteur d'idées de gauche...

Une sorte d'eau tiède bénite en quelque sorte...

 

15:12 Publié dans Général, Genève, Politique, Résistance, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

La gauche semble être pour les voiles, non seulement ceux des femmes musulmanes, mais aussi ceux qu'elle applique sur sa face. Lorsque reprendront les guerres de religion entre les fanatiques des deux camps (les musulmans intégristes et les catholiques de la même veine), éventuellement avec le concours des évangélistes comme troisième force, elle pleurera sur l'incompréhension des peuples à son égard.

Écrit par : Mère-Grand | 28/11/2016

Hélas, Cause commune donne une position qui engage le PS. Et c'est plutôt moche de reprendre intégralement l'argumentaire d'Hani Ramadan. En insultant au passage les défenseurs de la laïcité traités d'intégristes. Pour ma part, je me sens insulté par le PS. "Mon Dieu, gardez - moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m'en charge." Voltaire. Encore un extrémiste!

Écrit par : Marco Polli | 29/11/2016

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