16/10/2017

Députés PLR genevois : la paille des dépenses et la poutre des recettes.

Manifestement les députés PLR genevois ne se soucient pas de la croissance économique ni du respect des processus démocratiques... mais bien plutôt des seuls privilèges fiscaux des plus nantis.

Alors que le déficit cantonal 2018 annoncé est de 260 millions de francs, lors de la session du Grand Conseil des 12 et 13 octobre 2017, les députés de ce parti n'ont en effet pas estimé nécessaire d'étudier en commission, comme cela se pratique pourtant dans plus de 99% des cas, le projet de loi socialiste visant à geler le bouclier fiscal genevois durant 2 petites années alors même qu'il prive le canton de plus de 110 millions de francs de recettes fiscales annuelles.

Mais lors de la même session, ces mêmes députés PLR ont demandé le renvoi (pour une 2ème "étude" donc !) en commission des finances d'une demande de renouvellement d'une subvention de... 210'000 francs au prétexte du manque de moyens de notre canton... Quand on sait qu'une heure de commission des finances coûte au bas mot 2'500 francs par heure en seuls jetons de présence, soit 1% de la subvention demandée, il y a de quoi se poser des questions...

 


Qu'un député MCG multimillionnaire estime urgent de ne pas respecter les processus démocratiques usuels au sein du Grand Conseil quand on parle de la suspension, provisoire donc, pour 2 petites années, du bouclier fiscal qui "protège" fiscalement les plus grandes fortunes n'étonnera personne.

Que le MCG, qui prétend défendre la fonction publique notamment en garantissant des conditions salariales attractives, s'associe dans son ensemble à cette façon de faire est un peu plus étonnante quand le déficit annoncé pour 2018 est de l'ordre de 260 millions de francs et que des moyens supplémentaires sont indispensables pour tenir de tels engagements (on pourrait donc en déduire qu'il ne s'agit que de promesses électorales...). Mais en même temps ce parti n'a pas été construit sur des bases particulièrement démocratiques et il n'est finalement pas si surprenant qu'il soit prêt - même s'il s'en est plaint durant de nombreuses années - à faire fi des processus usuels au sein du Grand Conseil pour protéger quelques "amis" privilégiés.

Mais que les députés PLR soutiennent cette façon de faire est vraiment étonnant. D'une part ce parti multiplie les soutiens à des dépenses publiques pharaoniques - réforme absurde et à contretemps de la CPEG, traversée du lac, prison surdimensionnée des Dardelles, etc. - sans donner l'once d'une réponse quant à leur financement et d'autre part il soutient une réforme de la fiscalité des entreprises - RIE III d'abord, PF17 aujourd'hui - qui devrait conduire à une réduction supplémentaire des recettes fiscales cantonales de l'ordre de 500 millions de francs.

S'ils étaient vraiment cohérents, on pourrait en déduire que les députés PLR ne se préoccupent ni de la dette cantonale - de l'ordre de 12 milliards de francs; je vous laisse calculer les intérêts que peuvent représenter cette somme si les taux d'intérêts remontent à 2% ou 5%...) - ni du déficit qui pourrait atteindre le milliard de francs annuellement en cumulant la réforme PF17 et les dépenses pharaoniques soutenues par ce parti.

Mais pourtant, lors de cette même session du Grand Conseil, au prétexte de la situation financière cantonale, un député PLR, par ailleurs employé des banquiers privés genevois, a estimé avec la grande majorité de ses collègues députés PLR - il reste quand même et heureusement quelques esprits plus éclairés dans ce groupe - que le renouvellement (à la baisse) d'une subvention annuelle de 210'000 francs accordée à une association travaillant à satisfaction depuis de très nombreuses années à Genève dans le domaine si sensible - surtout aujourd'hui ! - de l'aide à l'intégration des étrangers "migrants" devait, elle, être étudiée UNE DEUXIÈME FOIS (sic !) en commission des finances où chaque heure "d'étude" (je mets des guillemets car vu la qualité du travail de certains, je ne suis pas certain que le terme soit le bon...) coûte au bas mot 2'500 francs, soit plus de 1% de la subvention proposée !

Quand on sait que toutes les subventions sont pourtant validées et contrôlées 2 fois par an au sein de cette même commission des finances lors de l'étude respective du budget et des comptes, où il est possible de poser toutes les questions à la fois sur les dépenses effectuées, les projets en cours, les différences entre telle ou telle association, il y a de quoi tomber à la renverse et douter de la capacité des députés de ce parti à accompagner avec la lucidité suffisante le développement de Genève ces prochaines années.

Car même si on peut s'opposer à la suspension du bouclier fiscal pour des raisons idéologiques ou par pragmatisme - je l'ai évoqué lors du débat : nos amis vaudois nous ont joué un bien mauvais tour en introduisant, sans concertation lémanique, ce bouclier fiscal il y a quelques années car il était du coup plus difficile pour Genève de ne pas proposer un mécanisme similaire évitant ainsi un exode massif de Ferrari et de Porsche entre Cologny et Nyon... - il serait cependant pertinent d'envisager aussi son adaptation en lien avec la conjoncture genevoise : nous ne connaissons pas la même situation financière que nos amis vaudois et l'estimation de l'impact annuel du bouclier fiscal était de l'ordre de 50 millions de francs en moins payés par les plus riches contribuables genevois alors que l'impact réel actuel dépasse les 110 millions de francs.

Suspension, adaptation, autres mesures : il serait simplement bon de se reposer pragmatiquement la question de nouvelles recettes fiscales pour ne pas sombrer dans cet infantilisme consistant à voter des dépenses par centaines de millions, des baisses d'impôts par centaines de millions également et ensuite à faire travailler le Grand Conseil sur des "économies" de l'ordre de 200'000 francs !

Un parti gouvernemental sérieux devrait le comprendre, tout le comme le Conseiller d'Etat en charge des finances, dont l'incapacité à appréhender la situation réelle de notre canton et à proposer des solutions viables est réellement alarmante.

D'ailleurs, sans pour autant les prendre pour argent comptant (c'est le cas de le dire), il faut signaler les récentes déclarations du FMI qui relève qu'il serait opportun de taxer plus fortement les riches pour favoriser la croissance économique.

On notera d'ailleurs que, justement, le bouclier fiscal que le député MCG multimillionnaire présente comme une injustice crasse, a pour effet de protéger les fortunes établies, sans aucune incitation à leur placement dans l'économie réelle : ces fortunes dorment. Harpagon et Picsou peuvent dormir tranquillement sur leurs tas d'or.

Pourtant, quand ces fortunes ou les revenus de ces fortunes sont taxés, il devient alors bien plus nécessaire d'investir dans des activités plus rentables si on ne veut pas voir son bas de laine fondre... Le bouclier fiscal est en réalité un oreiller de paresse économique qui, combiné avec la taxation réduite des gains en capital et la disparition de l'impôt sur la fortune dans de nombreux pays, n'encourage pas l'investissement et donc péjore encore les conditions économiques réelles : l'emploi disparaît, se précarise, s'uberise pour permettre aux grandes fortunes de prospérer sans effort.

Un autogoal aux conséquences dramatiques.

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