Crise grecque : la Suisse doit prendre ses responsabilités ! (13/10/2011)

Le Grand Conseil genevois devrait se prononcer sur la résolution socialiste R672 qui demande le gel des avoirs grecs déposés en Suisse et leur mise à disposition du gouvernement grec.

L’enjeu est de taille car la Grèce a un urgent besoin de liquidités pour rembourser sa dette et, selon diverses sources ministérielles grecques, les montants déposés par des grecs en Suisse dépassent les 100 milliards de Francs, un article du Figaro daté du 3 juin dernier évoquant même la somme de 280 milliards d’Euros. Taxés selon les mêmes principes que ceux régissant le nouvel accord de double-imposition conclu avec la Grande-Bretagne, ces montants indûment soustraits au fisc grec pourraient rapporter rapidement plus de 30 milliards de francs à la Grèce, alors que l’Europe entière est au bord de l’implosion en raison des difficultés qu’elle rencontre pour réunir les sommes suffisantes pour aider ce pays.

Une intéressante question subsidiaire concernera la position des députés Verts genevois, qui ont majoritairement (mais pas les meilleurs d’entre eux) refusé les demandes d’urgence que nous avions déposé pour traiter ce point lors des précédentes séances. Alors que le député vert européen Daniel Cohn-Bendit avait lui-même évoqué cette piste évidente dès le mois de juin dernier, les Verts genevois vont-ils suivre la voie de l’écologie des Hedge Funds ou celle de la meilleure répartition des richesses ?

La question est certes subsidiaire dans ce débat mais d’importance en réalité car elle renvoie à l’appel d’Hervé Kempf dans son livre « Comment les riches détruisent la planète » : les crises écologique et sociale ne sont que les deux faces d’une même crise et il est primordial de s’unir pour en combattre les méfaits, notamment en contribuant à une meilleure répartition des richesses.

Alors que les manifestations populaires contre les drastiques mesures d’austérité se succèdent en Grèce et que la population subit de plein fouet des mesures à la fois arbitraires et injustes, le gouvernement grec attend avec impatience les garanties de l’Europe et du FMI pour un versement d’une tranche de 8 milliards d’euros début novembre pour faire face à ses engagements les plus pressants.

Ici, en Suisse, les médias relatent régulièrement les conséquences dramatiques des plans d’austérité adoptés sous la contrainte par le parlement grec : baisses de salaire, licenciements, baisses des rentes, privatisations… La Grèce s’enfonce sous nos yeux dans la récession.

Pourtant, au-delà de l’empathie un peu convenue – et peut-être aussi un peu paternaliste : les leçons à donner au cousin ne sont pas loin - qui anime les médias suisses, il serait opportun de rappeler encore une fois que la Suisse porte une part de responsabilité certaine dans la crise grecque et plus largement dans l’actuelle instabilité des systèmes financier et économique européens, voire mondiaux.

La Suisse accueille en effet dans ses banques, année après année, les capitaux, les « économies » de personnes vivant à l’étranger et n’ayant pas déclaré leurs revenus aux Etats dans lesquels ils résident.


Ces fortunes, ces bas de laine, sont soustraits aux fiscs nationaux et viennent, discrètement, remplir les coffres des banques suisses.

Certains Etats, plus puissants que d’autres, ont des moyens de contrainte qui leur permettent, tant bien que mal, de récupérer les fortunes déposées à l’abri dans nos banques, tout en mettant à mal la conception « à la papa » du secret bancaire helvétique.

On peut bien évidemment penser aux Etats-Unis qui utilisent des méthodes assez particulières mais somme toute légitimes car elles visent à punir des délinquants fiscaux dont les agissements contribuent à affaiblir les finances publiques d’un pays qui a contribué, au quotidien, à leur réussite personnelle.

Nos voisins européens, France, Allemagne, Italie - qui recourent d’ailleurs à l’occasion à l’utilisation de données confidentielles échappées de nos banques – ont, eux, des moyens de pression économiques bien réels et peuvent ainsi plus « facilement » négocier des accords plus équilibrés, qui leur permettent au moins de récupérer une partie des montants cachés en Suisse par leurs indignes concitoyens.

Mais d’autres Etats, moins proches, moins puissants économiquement ou moins démocratiques, n’ont pas les mêmes moyens de pression sur la Suisse et ses banques.

Alors, aujourd’hui, lorsque les Grecs, en particulier les classes moyennes et les plus pauvres d’entre eux, subissent de plein fouet des mesures d’austérité destinées en théorie à renflouer les caisses de l’Etat, il est pour le moins normal, humainement, de considérer l’équité des efforts demandés aux uns et aux autres.

Or, aujourd’hui, les Grecs les plus aisés ne contribuent pas à l’effort demandé à leurs concitoyens. Des riches armateurs ne payant - légalement semble-t-il - pas d’impôts aux nombreux Grecs aisés adeptes de la fraude fiscale,

il est indispensable de faire aussi contribuer les principaux profiteurs du système, qui ont d’ailleurs grandement contribué, par leur égoïsme, à accentuer l’ampleur de la crise.

La résolution déposée par les Députés Socialistes genevois demande ainsi à la Confédération de geler immédiatement tous les avoirs grecs déposés en Suisse afin de les mettre à la disposition du gouvernement grec.

L’accord de double-imposition conclu début octobre entre la Suisse et la Grande Bretagne donne d’ailleurs une idée assez précise de ce qui pourrait être fait pour aider nos amis grecs à sortir de cette dramatique situation : les avoirs grecs déposés en Suisse pourraient d’abord être taxés sur le montant des fortunes déposées pour « solder le passé » puis ensuite taxer annuellement sur les rendements de ces fortunes.

En ne faisant rien, en se contentant d’exprimer une certaine empathie et en ne prenant pas sa part de responsabilité, la Suisse risque de subir toutes les conférences dramatiques que pourrait avoir un défaut de paiement de la Grèce ou une explosion des principes de solidarité au sein de l’Union Européenne.

La hausse du franc suisse, la chute des commandes et des bénéfices des entreprises exportatrices, avec leurs conséquences en termes d’emploi notamment, sont déjà des conséquences directes de l’attentisme frileux de la Suisse qui ne veut pas envisager de façon pragmatique l’évolution du secret bancaire et la nécessaire sanction du parasitisme fiscal.

Gardons à l’esprit que, dans ce pays, les bénéfices des banques et des banquiers sont souvent – trop souvent – payés au final par l’ensemble de notre collectivité et qu’il est donc dans l’intérêt de toutes et tous de contribuer à la résolution de la crise grecque.

J’espère donc que notre Grand Conseil, certes teinté de calvinisme bancaire, saura prendre rendez-vous avec l’Histoire en acceptant cette résolution.

http://www.ge.ch/grandconseil/data/texte/R00672.pdf

 

21:28 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : grèce, suisse, crise économique, dette publique, europe, secret bancaire, avoirs grecs déposés en suisse | |  Facebook