Grand Conseil : de la voiture à la culture (taupe niveau !) (23/05/2009)

Vendredi 15 mai 2009, débat surréaliste au Grand Conseil genevois.

 

Une fois de plus, une proposition « tout bagnole », la réalisation d’une tranchée couverte à travers le village de Vésenaz, consacre l’union sacrée de la droite, du centre-droit aux extrémistes de l’UDC et du MCG. Applaudissements massifs, congratulations : on a l’impression d’avoir assisté au vote d’un projet exceptionnel, transcendant, pour Genève…

 

... On a les triomphes qu’on mérite…

Certes, le Conseil d’Etat, soi-disant de centre-gauche avec sa majorité composée de deux verts et deux socialistes, a également apporté son soutien à ce projet dans le cadre de son plan de relance conjoncturel, mais c’est une fois de plus la preuve de son manque d’esprit visionnaire et de l’échec de son fonctionnement interne selon le principe de la « mésentente cordiale », qui a consisté ces 4 dernières années à interférer le moins possible dans les affaires des autres…. Y compris lorsque les propositions n’y étaient pas ou que l’échec programmé était patent.

 

Ici, c’est la preuve supplémentaire de l’échec complet de Mark Muller à la tête du DCTI, qui n’a pas su faire aboutir le moindre projet, d’envergure (PAV, Chapelle-Les Sciers, Communaux d’Ambilly, etc.) ou modeste (au hasard, la cacade du projet de déménagement du Service des Autos, le SAN, pourtant déjà identifié – et signalé par les socialistes ! - sous l’ère Spoerri)… La tranchée couverte de Vésenaz est à peu près la seule autorisation de construire en force qu’on trouve dans les tiroirs de son Département ! Affligeant.

 

Alors, comme à chaque fois qu’on parle de voitures, les fulgurants députés de droite se transcendent, les arguments volent haut, «On a déjà beaucoup donné aux Transports publics, aux trams ! C’est maintenant le tour de la voiture ! », « La passerelle pour les piétons et les vélos de la Praille au Bachet ne sert à rien : pourquoi ne ferait-on pas alors cette tranchée couverte !? »

 

Ben voyons !

 

Ni le fait que la Confédération ait relégué ce projet dans la catégorie C du projet d’agglomération (c’est-à-dire des projets qui ne sont absolument pas prioritaires notamment en raison de leur rapport coût/utilité excessif), ni l’état plus que délicat des finances cantonales (des excédents certes ces 3 dernières années, une réserve conjoncturelle de l’ordre de 750 millions, mais 10 milliards de dettes, soit au bas mot 200 à 300 millions de francs d’intérêt par an, une conjoncture économique nettement moins favorable et un projet de baisses d’impôts sur les personnes physiques de l’ordre de 300 à 400 millions de francs par an), ni le fait que la médiocrité du projet ne sert réellement que les riverains immédiats de la tranchée couverte et que les finances des communes concernées (Vésenaz pour l’essentiel) leur permettent tout à fait de se payer ce genre de joujou de luxe qui ne sert à rien au niveau cantonal ! Mais non !

 

 

A Genève, en 2009, le Conseil d’Etat à majorité rose-verte et le Grand Conseil de droite votent 40 millions de francs pour réaliser un tunnel qui améliore le confort de 500 personnes sans résoudre le moindre problème : les bagnoles continueront d’affluer depuis Hermance ou Thonon, gâchant quotidiennement la vie de milliers d’habitants (mais dont bon nombre d’entre eux gâchent aussi la vie des autres en prenant aussi leur bagnole, il faut bien l’admettre !), pour ensuite passer sous Vésenaz et ressortir sur les quais pour venir gonfler le trafic déjà trop important du centre-ville !

 

La belle affaire !

 

Si au moins ce projet avait une composante réduction de la mobilité motorisée, si au moins il y avait une baisse de gabarits de la route au-delà du village, une prolongation d’une ligne de transports publics en direction de la Pallanterie, un concept global de report du trafic sur d’autres axes mieux reliés aux transports publics… Mais rien ! Rien de rien ! (http://www.autrement.ch/index.php?option=com_content&... )

 

En fait la Rive gauche est sinistrée, gâchée, sabotée depuis longtemps, avec sa route le long des quais, son P+R de Genève-Plage si mal situé (il aurait justement dû être situé du côté de la Pallanterie)… Alors pourquoi s’arrêter en route ? Continuons de foutre en l’air cette rive avec l’argent public, y’a pas de raison…

 

Et quand je pense aux pleureuses libérales qui sanglotent de commissions en commissions pour nous dire « qu’il n’y a plus d’argent », « qu’il faut faire des économies », « qu’il faut lutter contre les gaspillages », notamment par exemple en cherchant à diminuer les normes d’encadrement dans le secteur de la petite enfance (sans doute un modèle de société sous-jacent à la demande : faire ressembler les crèches aux prisons)… Et là ! Hop ! Sans sourciller, 40 millions grillés pour rien !

 

Ce qu’il y a de fou, c’est qu’en 2009, une majorité de politiciens du Grand Conseil genevois, République soi-disant éclairée qui abrite notamment le fleuron mondial de la physique de pointe, défende la réalisation d’aménagements routiers supplémentaires sans autre véritable argument que le « on a donné pour le tram et les transports publics » ! Comme si la plus élémentaire des réflexions ne permet pas de conclure rapidement que pour favoriser concrètement les transports publics et améliorer la circulation automobile en ville, il est tout simplement primordial de diminuer le nombre de voitures en ville ! Et qu’en diminuer le nombre à l’entrée de la ville est bien moins simplevet efficace que d’en diminuer le nombre dès le départ ! Mais non ! Les lois de la physique sont universelles sauf au Grand Conseil genevois !

 

Le même jour, mes sombres réflexions ont été agrémentées d’une petite diversion du même acabit, dont Genève a le secret : voilà que, subitement, les libéraux, par la voix de leur commissaire politique Pierre Weiss, déposait un texte en urgence demandant la cantonalisation de la culture ! Le sinistre Décaillet en frémissait d’extase et invitait derechef l’affligeant libéral à venir exposer ses grandioses projets, sortis de nulle part mais si bon à entendre quand un vert municipal osait prendre une décision sans l’accord préalable de la majorité de droite du Grand Conseil…

 

Cela fait bien 10 ans que je suis convaincu que les grandes institutions culturelles ne devraient pas être municipales mais cantonales, mais que cela demande d’une part une volonté partagée et d’autre part un « échange » entre le canton et la Ville, par exemple en « donnant » à la ville, en échange de la responsabilité et du financement des grands vaisseaux culturels par le canton, davantage de poids financier et donc de pouvoir en matière de transports publics).

 

En même temps, le fait que M. Mugny se comporte de façon totalement inadéquate avec M. Menz, qu’un audit interne n’a pas à finir par principe dans les journaux le jour de sa publication (qu’un journal ou une partie intéressée en demande l’accès est une chose ; qu’un magistrat en fasse la promotion publique pour justifier ses décisions en est une autre) ne donnent pas de légitimité particulière aux élus cantonaux pour revendiquer la moindre prérogative supplémentaire en la matière !

 

Et, je ne sais pas pourquoi, la conjonction du vote de la tranchée couverte de Vésenaz le même jour, me laisse simplement présager le pire pour Genève si la culture était aujourd’hui transférer au canton !

 

Alors que la majorité de droite du Grand Conseil n’a eu de cesse - avec l’appui marqué de MM. Muller et Zappelli - de démanteler tous les espaces de vie et de culture alternatives (Cave 12 à Rhino p.ex.), alors qu’elle a adopté un carcan de lois toutes plus liberticides les unes que les autres (restriction des droits de manifester, interdiction de l’affichage sauvage – mais les pubs pour les bordels sont, elles, autorisées…), alors qu’elle vote sans broncher des projets de routes qui ne servent à rien et ne vont nulle part, voilà qu’on confierait les rênes financiers de la culture à ces génies ? J’en ai des frissons d’horreur… D’autant plus que les créations des institutions genevoises, du Grand Théâtre à la Comédie, sont loin d’être toutes politiquement correctes !

 

Après que le commissaire politique libéral Weiss et ses copains s’en soient pris à l’AVIVO, au CIPRET ou à la FEGPA (http://www.prevention.ch/tg301008dr.pdf) pour avoir osé soutenir des campagnes de votations conformes à leurs buts, voilà que ces mêmes génies viendraient évaluer la création artistique genevoise !

 

Ben mon colon ! Je vois le genre ! Et avec les phares de la pensée conservatrice genevoise à l’œuvre en coulisse, ce cher Décaillet ou l’éclairé professeur Putallaz, on se réjouit par avance du résultat ! Point de salut hors de l’intégrale Claudel ! Virez-moi ces seins qui dépassent, ces nus qui s’exhibent ! Et ces textes qui n’ont pas deux siècles ! Au placard ! Ressortez les costumes poudrés de la naphtaline ! Et une intégrale Racine pour suivre, Corneille sera le suivant…

 

Alors, pour une fois, je crois que je vais changer d’avis : laissons nos taupes députés s’occuper de béton et de routes pour leur petits copains, laissons-les s’enfoncer, aussi lamentables soient-ils et conservons pour le moment la Culture dans les communes, où les Conseillers municipaux sont capables de voter pour des projets ouverts, prospectifs et surtout non conventionnels tels que celui des 20 ans de l’Usine (http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&fil...)  !

 

 

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