Insécurité à Genève (1) : les Libéraux sont des pyromanes. (20/08/2009)

(Thèses, antithèses et foutaises en matière de sécurité)

Ce mercredi matin 19 août, le lis dans le 20 Minutes une pleine page de publicité pour les Libéraux genevois sur le thème de la sécurité, "Insécurité: ça suffit".

 

Cette publicité fait suite à une campagne médiatique déclenchée par l'affaire du Saoudien "agressé" relayée – et montée en épingle – par plusieurs médias romands, notamment la Tribune de Genève et la Première de la radio romande.

 

Si la Tribune de Genève a fait amende honorable (voir article du 14 août dernier) et qu'il était légitime de parler du traitement qu'en avait fait la chaîne de télévision arabe Al-Arabya, notamment en raison de l'impact touristique qu'il peut avoir, force est de constater que la Première de la radio romande n'a cessé d'amplifier l'ampleur du phénomène, parlant encore ce mercredi 19 août lors de l'émission du Grand 8 de "Résoudre la criminalité à Genève, le nouveau travail d'Hercule".

 Après un "reportage" sur le "nouveau problème" des dealers dans le quartier de la Servette dans le Journal du Matin, le Grand 8 commente ainsi le thème de son sujet : "La sécurité à Genève devient un problème de premier plan. Un citoyen a créé un site internet pour les touristes étrangers, sur lequel une flèche pointe les zones à risques... et il y en a beaucoup. Dans le même temps, les actes criminels prennent de l'ampleur. Une bijouterie genevoise a été victime d'un cambriolage lundi en plein après-midi, à la rue du Rhône."

 

Dans un premier temps, il me semble opportun de rappeler qu'il n'y a rien de fondamentalement nouveau cet été à Genève : les dealers ont leurs quartiers, qui changent au gré des interventions des policiers, les agressions et les attaques de bijouterie ne sont pas nouvelles, y compris à la Rue du Rhône (et heureusement qu'un journaliste ne s'est pas fait volé son sac aujourd'hui, l'exemple aurait été pris pour confirmer que "les actes criminels prennent de l'ampleur").

 

Ainsi, l'exploitation politique de faits divers relayés avec complaisance par certains médias (on notera notamment que la Première a réussi l'exploit d'inviter sur ce thème au Journal du Matin, les députés Forte et Stauffer, le président du Parti socialiste genevois René Longet (interrompu plusieurs fois lorsqu'il parlait), Charles Poncif (jamais interrompu et écouté comme s'il s'agissait d'une parole divine même lorsqu'il débite un chapelet d'âneries acratopèges) et Yves Nidegger (idem); Le Grand 8 en a fait de même, titrant plusieurs fois sur l'insécurité à Genève avec divers invités de droite), ne peut servir de base sérieuse de travail pour parler de problèmes qui ne sont pas nouveaux et qui nécessitent par contre des réponses circonstanciées et intelligentes (c'est d'ailleurs pour cela, Messieurs les "journalistes" de la Radio romande, que la Gauche a parfois un grand malaise quand elle entend parler de "sécurité" : elle ne supporte pas les réponses Walt Disney qui servent de fond de commerce électoral à l'UDC, puis aux Libéraux et aux Radicaux : les bons (blancs) d'un côté, les méchants (noirs) de l'autre et ils nous est donc toujours très pénible de devoir nous exprimer sur des propositions manichéistes qui ne résolvent pas les problèmes).

 

A ma connaissance, le journal du matin et le Grand 8 n'ont d'ailleurs pas commenté, ni peut-être même parlé, du caractère finalement inexact de l'agression du Saoudien,

 

La publicité libérale de ce jour est justement l'exemple parfait de la confusion, des amalgames et contre-vérités qui empêchent de trouver des solutions intelligentes et à long terme, d'autant plus que certaines lois proposées et votées par les Libéraux sont de nature à augmenter les risques d'agression.

 

 

"Depuis quatre ans, les libéraux tirent la sonnette d'alarme"

Etonnant ! "ça suffit" aujourd'hui mais cela fait 4 ans que cela dure ? Quelle réaction rapide ! Observateurs, les libéraux !

 

N'importe quel Genevoise ou Genevois qui ne souffre pas de troubles de mémoire se souviendra de l'ambiance infecte qui régnait à la gare Cornavin ou vers l'Usine du temps de Mme Spoerri, Conseillère d'Etat libérale en charge du Département de Justice et Police. Il n'y a rien de fondamentalement nouveau et spécifiquement genevois durant cette législature.

 

"Les agressions, vols, déprédations et trafics en tout genre se multiplient et pourrissent la vie des Genevois".

Outre le fait que ce genre de discours est universel en Europe, la droite entonnant partout le même refrain - Sarkozy et Berlusconi en tête - et n'est donc pas de nature à "pourrir" seulement la vie des Genevois, l'amalgame est fait entre des problèmes totalement différents qui n'ont absolument pas le même impact sur notre vie quotidienne, même s'ils ne sont pas agréables à vivre (les libéraux auraient encore pu rajouter l'affichage sauvage, un autre de leur "combat" victorieux contre "l'insécurité" mais qui n'a justement encore rien à voir).

 

Ainsi les dealers ne posent pas les mêmes problèmes que les auteurs de déprédations, les voleurs ou surtout les auteurs d'agressions.

 

"Des quartiers entiers, malgré les efforts de la police, sont tombés sous la coupe des délinquants"

Une chose est certaine : ce n'est pas la télévision Al-Arabyia qui dissuade les touristes de venir à Genève, c'est bien les médias romands, l'UDC et le Parti libéral avec ce genre d'annonce ! J'habite Plan-les-Ouates, mais en lisant ça, j'hésite même à me rendre au Grand Théâtre… On se croirait à Bagdad ma parole !

 

Tapez "insécurité Genève" sur Google pour voir…

 

En réalité, certaines zones – la gare Cornavin et le quartier de l'Usine du temps de Mme Spoerri, les Pâquis aujourd'hui – sont laissées pour ainsi dire à l'abandon par les forces de police et les dealers en profitent pour exercer leurs activités à ciel ouvert en toute impunité, à côté de toutes les activités licites ou non qui s'y exerçaient précédemment.

 

Mais si ces zones deviennent effectivement pénibles, elles ne sont pas pour autant "sous la coupe des délinquants".

 

 

"La mendicité organisée explose"

Une fois de plus, un amalgame contre-productif, la mendicité n'est certes pas agréable, ni à exercer ni à subir, mais elle ne constitue pas du tout la même problématique d'insécurité que les agressions ou les zones laissées à la disposition des dealers : la mendicité est l'expression de la misère du monde, locale ou internationale, qui s'est d'ailleurs gravement accentuée à cause des politiques libérales menées partout dans ce monde ("alors que le nombre d'affamés dans le monde décroissait, il a recommencé à augmenter depuis 1995-1997", FAO, L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde; vous pouvez d'ailleurs – et même surtout si vous pensez être Vert - lire à ce sujet l'excellent livre d'Hervé Kempf intitulé "Comment les riches détruisent la planète") et en Suisse ("En Suisse, l'association Caritas estime le nombre de pauvres en 2005 à un million, soit 14% de la population; en 2003, ils étaient 850 000", in l'Humanité, 12 janvier 2006, source identique).

 

La mendicité, organisée ou non, est désagréable aussi parce qu'elle confronte notre opulence, même parfois très relative, à la vision du dénuement. On comprend ainsi mieux pourquoi cette "problématique" est très populaire du côté de Prégny-Chambésy, Cologny ou Champel.

 

 

Les Libéraux genevois prétendent d'ailleurs prioritairement avoir lutté contre l'insécurité à Genève par une mesure à ce sujet:

 

… "interdit la mendicité"

On regrettera d'abord que les Libéraux n'aient pas plutôt interdit la pauvreté, la mesure aurait sans doute été plus utile… Plus sérieusement, cette mesure est une véritable stupidité car elle accroît la charge de travail des forces de police pour une mission qui est pourtant nettement moins urgente que la lutte contre les auteurs d'agressions. Je ne sais pas si vous avez déjà eu l'occasion de voir des policiers interpeller des mendiants en ville, mais ce genre d'action mobilise rapidement 2 agents pendant une demi-heure… un gaspillage éhonté des forces de police qui devraient être sur le terrain pour chasser les auteurs potentiels d'agressions.

 

 

… "mesures d'éloignement"

Autre mesure particulièrement inutile qui a été proposée notamment par les libéraux : "éloigner". Eloigner, pourquoi pas, mais pour faire quoi ? Et où ? Aucune réponse, rien, le néant, "ailleurs"… Donc le délinquant, au hasard un jeune demandeur d'asile débouté et désœuvré qui deale du côté des Pâquis pour ne pas devoir vivre avec seulement 500 francs par mois se voit interdit de quartier ? La belle affaire ! Sauf à lui interdire le canton entier, il ira sans doute dealer un peu plus loin, du côté de la Servette, de Plainpalais ou de Champel demain. Et s'il va à Nyon, je ne vois pas très bien où est le gain pour la collectivité. Les problèmes sont déplacés, pas réglés. On peut d'ailleurs se demander quelle est véritablement l'intérêt de la police de déplacer des délinquants pour les perdre de vue alors qu'elle sait où ils sont et ce qu'ils font.

 

… "réintroduction des courtes peines de prison"

Si les jours-amende sont effectivement un système assez peu convaincant pour lutter contre la criminalité de bas-étage, on peut tout de même se poser la question de l'utilisé de la mesure : le problème aujourd'hui est surtout celui des multirécidivistes qui ont un sentiment d'impunité. A quoi cela sert-il de mettre une personne qui n'a rien à perdre, pas d'avenir, un jour ou une semaine en prison ? A rien du tout ! Cette menace est peut-être utile pour vous et moi, honnêtes citoyens qui n'ont pas envie d'aller fréquenter des délinquants de trop près, mais pour une petite frappe de banlieue lyonnaise ou un dealer sans avenir ? Risible ! D'ailleurs en recourant à trop de petites peines de prison, la capacité de la prison doit être fortement augmentée, ce qui engendrera des coûts de gestion de la petite délinquance disproportionnés (un policier sur le terrain est plus utile qu'un gardien de prison, son coût est aujourd'hui presque le même).

 

 

 

A titre personnel, je n'ai pas de recettes miracles à proposer car elles n'existent pas. Je pense néanmoins ceci :

 

- La France libérale de Nicolas Sarkozy exporte ses délinquants vers la Suisse et Genève en particulier.

La France de Nicolas Sarkozy utilise les mêmes recettes bidon que le Parti Libéral : il a multiplié les lois sécuritaires sans pour autant diminuer la délinquance, même si les prisons françaises sont pleines (98 détenus pour 100'000 habitants en 2005; 738 pour 100'000 habitants aux Etats-Unis). "L'attractivité" relative de la Suisse est par contre plus grande car les peines y sont moins sévères qu'en France. Mais sauf à vouloir comme aux Etats-Unis incarcérer près de 1% de la population par principe idéologique, cette spirale n'amène en fait à rien car la crainte de la prison n'est efficace que pour les citoyens "non délinquants", pas pour ceux qui n'ont rien à perdre (lien donc avec la précarité, la pauvreté et les possibilités de changement positif de statut social).

 

Le fait d'être un canton frontalier est évidemment particulièrement attractif pour de petits délinquants puisqu'ils n'ont pas besoin de faire de trop longues incursions en territoire "inconnu" et leur base arrière est relativement bien protégée.

 

A titre d'exemple de l'inefficacité des méthodes libérales de Nicolas Sarkozy (discours sécuritaire démagogique sans moyens réels), on retiendra l'exemple édifiant du nombre de voitures brûlées la nuit du 14 au 15 juillet, qui augmente d'année en année chez nos voisins, à tel point que la nouvelle stratégie consiste à interdire à la police et aux préfectures de donner les chiffres exacts - cf. extrait annexé du Canard Enchaîné du 22 juillet dernier – dans une indifférence médiatique délibérée (méthode qui plait sans doute par avance aux journalistes de la Radio romande : quand ont-ils pris le temps de faire le point sur leur traitement caricatural de l'affaire du saoudien ? jamais !).

 

- Les délits distincts doivent être traités différemment

Une hiérarchie dans la lutte contre les délits doit être observée (ce qui est d'ailleurs le cas), sans céder aux discours alarmistes et démagogiques basés sur des faits divers, vrais ou faux, qui suscitent de l'empathie ou des problématiques qui n'ont rien à voir (mendicité) :

 

-         la lutte contre les agressions et les auteurs d'agressions est la priorité absolue car il s'agit d'atteinte aux personnes. Et là, les peines de prison sont pleinement justifiées.

-         la lutte contre les concentrations de dealers est la seconde priorité car il s'agit d'éviter que des sentiments d'impunité ne se développent davantage et aussi de ne pas mettre en péril le sens du respect de l'autorité auprès des jeunes, des enfants : si le deal ne me dérange pas en tant que tel (transaction à caractère privé d'une substance illicite – et d'ailleurs à tort ou à raison -  entre 2 personnes adultes consentantes), l'existence de zones de deal à ciel ouvert pose le problème de la crédibilité des adultes envers les enfants : comment demander à ceux-ci de respecter des règles, des lois, d'obéir si tous les jours ils côtoient des personnes qui exercent en toute impunité des activités répréhensibles ? Je suis en tout cas incapable de l'expliquer à mes propres enfants !

-         la lutte contre les vols sans violence est la troisième priorité

 

 

- La lutte contre les incivilités et la police de proximité doivent être mise en œuvre prioritairement par les communes

Eviter les déprédations ou retrouver leurs auteurs, lutter contre les excès de nuisances nocturnes, l'expression d'agressivité sur la place publique sont des tâches qui doivent être accomplies par des agents municipaux. Assurer une présence régulière de la police auprès des citoyens, jour ET nuit, doit aussi être l'œuvre des agents des communes, afin de garantir une interaction de proximité entre les habitant-e-s et les représentant-e-s de l'autorité.

 

- L'insécurité ne se limite pas aux agressions, vols et trafics

Pour rester dans le domaine des atteintes à l'intégrité physique et à titre d'exemple, le 24 juillet 2009, il y avait déjà eu 9 personnes tuées sur les routes genevoises, soit 50% de plus qu'en 2008. L'insécurité dans la circulation ne semble pas préoccuper particulièrement les Libéraux (ni la radio romande) puisqu'ils ne l'évoquent pas dans leur publicité : pourtant, neuf personnes décédées, le chiffre est particulièrement inquiétant et il y a de quoi craindre pour sa vie ou au moins son intégrité physique en prenant le volant, en roulant à vélo, en marchant chaque jour ! Des mesures doivent aussi être prises en la matière et la présence et l'action policière plus répressive sont nécessaires (malgré l'évidente mauvaise volonté de certains policiers notamment au Grand Conseil qui considèrent que les questions de sécurité routière ne sont pas importantes).

 

- La prison de Champ-Dollon doit être agrandie

Indépendamment de la question du contrat qui lie la construction de l'agrandissement de Champ-Dollon à un ancien député libéral, il est nécessaire d'agrandir Champ-Dollon dans des proportions raisonnables. Pas pour enfermer à tour de bras comme en rêvent certainement les libéraux et d'autres, radicaux et UDC notamment, mais pour tenir compte de l'évolution du nombre d'habitants au regard du nombre de places, soit avoir une vision d'un taux de "délinquance constante". Il s'agit d'ailleurs aussi de garantir la sécurité et la santé des gardiens et des détenus.

 

- La sécurité a un coût, nous devons nous donner les moyens de l'assumer

Engager davantage de policiers, d'agents municipaux, accroître la présence d'agents sur le terrain, jour et nuit est une véritable priorité mais elle a un coût certain. Il est donc particulièrement stupide de priver les collectivités publiques des ressources fiscales nécessaires à l'accomplissement de ces tâches : la baisse d'impôts soumis en votation populaire le 27 septembre prochain ferait baisser les recettes fiscales cantonales de près de 400 millions de francs par an et celles des communes de près de 100 millions de francs, dont 50 seulement pour la Ville de Genève. L'argent "économisé" par les contribuables du côté de Collonge-Bellerive ou Vandoeuvres leur permettra sans doute de recourir aux services de sociétés privées de sécurité, mais pour la majorité des habitant-e-s des Pâquis ou des Eaux-Vives, cela se traduira par une présence policière encore amoindrie et la fin des dispositifs de prévention. Il faut donc refuser la baisse d'impôts le 27 septembre prochain.

 

- Nous devons montrer l'exemple, les Libéraux les premiers

Les adultes ne doivent pas oublier que la société "violente" dans laquelle nous vivons est le modèle que nous proposons aux plus jeunes, aux enfants, aux ados, aux jeunes adultes : comment peut-on ensuite leur demander de respecter certaines règles, certains comportements, les lois si, nous-mêmes, comme adultes, nous ne le faisons pas ou seulement en partie ? Ainsi, "jouer avec les limites" de la légalité, au volant, au travail, à la maison donne un très mauvais exemple car l'exemplarité – à tort ou à raison – est considérée comme nécessaire à la crédibilité des propos.

 

Les étranges pratiques électorales des libéraux qui détournent les recherches Google à leur profit (je n'ai d'ailleurs pas entendu les journalistes de la Première en parler avec leurs nombreux invités libéraux; c'est pourtant un excellent sujet) sont peut-être à la limite de la légalité (je ne sais pas de quelle côté), mais elles dépassent toutes les limites de la moralité et de l'éthique : quelle est donc la crédibilité d'individus qui prônent le respect des lois et la condamnation des actes délictueux quand eux-mêmes font preuve d'une vision somme toute assez élastique de leur respect ? N'importe quel délinquant de bas étage utilise ensuite le même type de rhétorique des limites pour excuser ses actes ou les minimiser : "je ne l'ai pas frappé, il est tombé tout seul", "je n'ai pas fait exprès", "c'est lui/elle qui le voulait", "ce n'est pas interdit", "je ne savais pas que c'était illégal", "je croyais que c'était permis", "ce n'est pas grave". Idem d'ailleurs quand on entend le libéral Charles Poncif défendre les riches délinquants américains qui ne respectent pas les lois fiscales de leur pays : on ne comprend pas très bien pourquoi ce n'est pas grave que certains ne respectent pas les lois alors que d'autres devraient le faire à plein temps.

 

Les libéraux sont en fait des pyromanes, ils parlent de lutter contre l'insécurité mais cautionnent les comportements délinquants.

 

CanardEnchaine_AllumerLeFeu_22juillet2009.jpg

 

10:54 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : sécurité, insécurité, parti libéral, délinquance, police, radio romande la première, poncet | |  Facebook