Vaccinodrome privatisé de Palexpo : une honte absolue pour Genève !

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Ainsi, le Canton de Genève, au budget cantonal annuel de l'ordre de 8 milliards de francs, qui dispose d'un hôpital universitaire public au budget annuel de l'ordre de 2 milliards de francs, ne semble, selon certains et notamment en plus haut lieu au Département de la santé, pas capable de mettre sur pied un centre de vaccination public et où les conditions de travail seraient - pour une fois - décente !

Que penser notamment des scandaleux propos d'Adrien Bron, qui déclare dans la Tribune de Genève (article bienvenu et très intéressant mais certainement encore à développer d'Aurélie Toninato, https://www.tdg.ch/le-financement-du-vaccinodrome-par-une-entreprise-privee-interroge-609294942995) :

"L’alternative publique aurait été d’ouvrir un centre avec les Hôpitaux universitaires de Genève. Mais cela aurait coûté une fortune, les frais d’exploitation auraient été supérieurs à ceux de Palexpo…"

Si le directeur général de la santé du canton de Genève pense ceci de son hôpital cantonal, il y a un vrai malaise... surtout que le Conseiller d'Etat en charge de ce département était prêt, il y a quelques mois et donc malgré une telle appréciation, à augmenter largement le salaire du directeur général de cette institution... Il faudrait savoir !

Ou alors des basses considérations financières, notamment sur le dos des personnes - y compris des personnes précédemment au chômage - qui travaillent dans ce centre, motivent ces choix lamentables, qui entretiennent largement l'idée que tout se vend et s'achète à Genève.

Ainsi, selon l'excellente Marie Prieur , du GHI :

"Les médecins, pharmaciens et autres personnels soignants formés à piquer, qui vaccinent, sont bénévoles.
Et le centre tourne avec 140 employés M3 (sécurité, administratif et nettoyage), dont 55% étaient au chômage et 23% de personnel de Palexpo qui étaient en RHT. Ils sont en contrat jusqu'à début août."

Un budget cantonal de 8 milliards, un taux de chômage élevé, un nombre record de personnes précarisées... Et pendant ce temps, on "emploie" des bénévoles !

Et à propos des employé.e.s M3, ce serait aussi intéressant de connaître leurs conditions de travail et salariales.

Je note cependant déjà que des contrats "jusqu'à début août", soit moins de 6 mois, ne permettent pas aux chômeurs de quitter facilement le dispositif hostile du chômage genevois (et géré par le même Conseiller d'Etat) et de reconstituer un droit à de nouvelles indemnités chômage peut-être plus élevées... Mais on peut parier que l'Office cantonal de l'emploi, dépendant pourtant du même Conseiller d'Etat et dirigé par un directeur aux compétences unanimement considérées comme fort limitées (et toujours fiscalement domicilié dans le canton de Vaud malgré les promesses de l'époque du Conseiller d'Etat Poggia qui l'avait engagé) n'a RIEN fait pour demander que ces contrats aient une durée suffisante pour sortir du chômage et reconstituer un nouveau droit aux indemnités.

Quant aux salaires, dont on devrait aussi parler, selon une source syndicale, "les infirmières préparent les doses de vaccin à 35 CHF/h".

Le bénévolat pendant que d'autres engraissent, le gain intermédiaire et la précarité à vie ne semblent ainsi plus gêner personne dans la bien-pensance institutionnelle genevoise !

Il serait encore urgent que la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil se penche sur cet étrange montage financier entre M3 Sanitrade, l'Etat et Palexpo : y a-t-il eu appel d'offre ? N'est-ce pas un marché public ? Qui paye Palexpo ? Combien ? Pourquoi les personnes qui viennent travailler dans ce centre ne sont-elles pas TOUTES RÉMUNÉRÉES ? Est-ce pour dégager une marge financière qui revient, sur le dos des travailleurs, à M3 Sanitrade et à Palexpo puisqu'il a été convenu que le 50% du bénéfice éventuel irait à M3 Sanitrade ?
 
Sinon, est-ce que par exemple dans le canton de Vaud, le nouveau centre est aussi animé par des bénévoles ? Si ce n'est pas le cas, où va donc cet argent qui sert à payer des salarié.e.s dans les autres cantons mais qui serait inexistant à Genève ? Qui peut m'expliquer ?
 
Et la gauche et les syndicats seraient bien inspirés de dénoncer activement le recours à du travail bénévole dans un canton comme le nôtre !
 
Et c'est une honte !

J'espère que le Grand Conseil prendra cette problématique au sérieux, ce n'est pas possible de brader la santé publique au secteur privé à la moindre occasion et de ne pas d'abord se préoccuper du travail et de la dignité des personnes qui connaissent aujourd'hui des situations financières et sociales compliquées !

Et j'espère aussi que le nouveau Conseil d'Etat sera moins proche et complaisant avec un groupe privé qui semble avoir décidé d'acheter Genève.

Commentaires

  • Commentaire intéressant et utile, me semble-t-il. Je me réjouis de lire une réponse circonstanciée de la part des responsables.

  • Billet bienvenu. Sommes outrés par l'absence du dpt de la Santé, à plusieurs titres.

    La vaccination anti-Covid relève du régalien, celui du département de la Santé.

    Or. Quid du contrat privé #centre de vaccination #Palexpo, passé sans appel d'offres,

    conclu avec un homme d'affaires Libanais dont l'objet de ses différentes Stés est officiellement (cf info stés Sanitrade, M3 etc) l'immo; le commerce de distribution.

    Quant aux salaires horaires des bénévoles @35chf/h

    (ces bénévoles sont-ils et résidents Suisses et professionnels de la santé?),

    savoir que 35chf/h est le tarif appliqué par la Chancellerie aux "bénévoles" travaillant au dépouillement les week-end de votation.

    Ces bénévoles dédiés sont triés, ont des compétences spécifiques et sont Suisses résidents. Ces citoyens Suisses bénévoles payés à ce tarif forfaitaire exceptionnel voient leurs impôts cantonal/communal augmentés desdits revenus.

    - Sanitrade revendique employer des chômeurs @35chf/h: soit, mais lesquels et selon quelles qualifications?


    Je doute que les chômeurs non résidents en Suisse employés par la Sté Sanitrade soient dans l'obligation de payer quelqu'impôt en Suisse, mais on sait que ces chômeurs seront en droit d'exiger allocation chomage/allocation retraite de la Suisse.

    Ce qui représente une discrimination évidente entre contribuables résidents et nouveaux chômeurs non résidents en Suisse.

    Ce sujet couvre plusieurs volets. Laissez les commentaires ouverts à l'expression d'autres Suisses outrés.

  • @ Divergente

    L'animateur de Sanitrade n'est pas libanais. Il est résident suisse et originaire de la Ville de Genève.

    La médecine ambulatoire est d'ordinaire, y compris pour les vaccinations (fièvre jaune comprise), privée.

    Il n'y a pas lieu de faire la distinction entre résidents genevois et non-résidents genevois.

    Il existe quelque chose qui s'appelle l'impôt à la source.

    Le problème n'est pas Sanitrade mais bien l'Etat, le département Poggia et ses subordonnés.

    La loi sur la transparence vous permet sur demande d'accéder aux documents idoines en vous adressant au département. Les clauses de confidentialité n'ont, dans le cadre de requêtes individuelles, pas d'effet. Elle ne font que s'opposer à une publication spontanée de la part de l'Etat.


    @ M. Deneys

    Justes questions. Pour avoir des réponses, peut-être que plutôt que de faire appel au grand conseil vous, citoyen, pourriez vous appuyez sur la LIPAD et nous informer.

  • « Ces citoyens Suisses bénévoles payés à ce tarif forfaitaire exceptionnel voient leurs impôts cantonal/communal augmentés desdits revenus. »

    C’est là tout le scandale. Infirmière à la retraite depuis deux ans, j’ai été contactée par mon ancien employeur pour des vaccinations à ce tarif horaire. Le contrat portait sur 6 mois à un taux horaire de 50% environ. J’aurais bien accepté ce job sympathique pour me changer les idées, mais après calcul (augmentation du taux d’imposition, etc), ça revenait à travailler quasiment gratuitement et en plus avec des contraintes. Alors, non merci. Autant proposer de l’aide bénévolement (au moins dans ce cas, l’Etat ne reprend pas d’une main, ce qu’il donne de l’autre), sans parler des discussions interminables en moins avec les fonctionnaires des impôts.

  • @ Josette Chevalley

    Cela n'est tout simplement pas possible de par le seul effet de l'impôt dès lors que les taux sont fixés par tranche. L'explication réside sans doute dans le "etc...".

  • Le vrai drame est la perte des libertés pour le personnel de santé qui doit mendier du bénévolat pour ne faire que son devoir, inscrit dans la loi.
    Ils ont demandé depuis le début de participer à la vaccination dans leur cabinet, et cela aurait dû être payé par les caisses qui font de grosses économies au lieu d'être solidaire... Mais c'était sans compter sur la volonté de petits chefs élus, qui souhaitent montrer leur pouvoir en désignant arbitrairement les acteurs de la santé.

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